Alger 1905 : les archives savantes et familiales d’un orientalisme colonial
Visite guidée et table ronde autour de l'exposition « Orientalisme et colonisation en Algérie : René Basset et ses archives ». Un événement consacré aux réseaux orientalistes à l'aube du XXe siècle et au travail sur le terrain de René Basset, au travers de ses archives et de sa bibliothèque en partie conservées par l'EHESS et la BULAC.
L'exploration des archives de l'époque montre comment la recherche scientifique menée au quotidien sur le terrain colonial, combinée à diverses interventions politiques et universitaires, a joué un rôle clé dans l'établissement d'Alger comme un pôle essentiel de l'orientalisme savant international au début du XXe siècle.
Affiche du XIVe congrès international des orientalistes : programme des fêtes et réceptions, 1905. Bibliothèque de l'université de Leyde.
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18h : visite guidée par les commissaires de l'exposition
Retrouvez les commissaire autour de l'exposition « Orientalisme et colonisation en Algérie : René Basset et ses archives » présentée du 5 janvier au 14 février 2026 au rez-de-jardin de la bibliothèque.
Entrée libre, rendez-vous à 18h dans le hall du Pôle des langues et civilisations
19h : table-ronde autour de l'exposition
Les commissaires de l'exposition Marie Bossaert, Augustin Jomier et Emmanuel Szurek présenteront leurs recherches au long cours autour de la figure et du travail de René Basset (1855-1924), spécialiste des langues arabes et berbère ayant fait toute sa carrière à l'université d'Alger et ayant significativement contribué à faire de cette ville l'un des principaux centres de l'orientalisme de son époque. Ils seront accompagnés de Benjamin Guichard, directeur scientifique de la BULAC. À partir des documents présentés au sein de l'exposition, qui incluent les travaux linguistiques de Charles de Foucauld, ils expliciteront en quoi les archives de René Basset et celles d'autres orientalistes permettent d'éclairer une facette oubliée de l'histoire coloniale.
Entrée libre, rendez-vous à 19h dans l'auditorium
Les éditions de l'EHESS seront présentes en fin de conférence pour la vente de l'ouvrage L’orientalisme en train de se faire. Une enquête collective sur les études orientales dans l’Algérie coloniale, co-dirigé par Marie Bossaert, Augustin Jomier et Emmanuel Szurek.
Aux origines de l'exposition : une enquête collective
Marie Bossaert, Augustin Jomier et Emmanuel Szurek, « L’orientalisme en train de se faire. Une enquête collective sur les études orientales dans l’Algérie coloniale », Paris, éditions EHESS, 2024.
La correspondance de René Basset, créateur de l’école d’Alger puis doyen de sa faculté des lettres, révèle un pan méconnu de l’histoire coloniale, par le biais de courriers tout autant universitaires que familiaux ou encore politiques.
Ces archives donnent à voir une science qui se développe sur le terrain colonial, et grâce à lui, mais aussi la constitution d’un milieu savant européen. Juillet 2014 : un camion venu des Vosges arrive à Paris. Il contient deux coffres en bois et des dizaines de cartons : ce sont les archives de l’orientaliste. Dans celles-ci, nous retrouvons les multiples correspondances du linguiste, spécialiste des langues arabe et berbère, ayant fait toute sa carrière à l’université d’Alger. Pilier de l’entreprise coloniale française, cet établissement était alors le terrain d’une expertise scientifique concernant le Maghreb et ses langues. Avec les diverses opérations politiques et universitaires de Basset, Alger devient l’un des principaux centres de l’orientalisme savant dans le monde au tournant du XXe siècle.
Ce fonds permet donc de saisir cet orientalisme en train de se faire, au quotidien, sur le terrain colonial, dans les salles de classe, et jusque dans la confidence des familles. Au terme d’une enquête au long cours menée par des historiennes et des historiens, des étudiantes et des étudiants, des archivistes et des bibliothécaires, cet ouvrage propose une relecture de l’histoire des études orientales. Il invite à repenser la notion d’orientalisme depuis l’Algérie coloniale, dans la perspective d’une histoire sociale.
Pour aller plus loin
L'orientaliste René Basset (1855-1924), spécialiste des langues arabe et berbère ayant fait toute sa carrière à l’université d’Alger, a laissé derrière lui une vaste correspondance, universitaire, familiale et politique. L'étude de ces archives, conservées par l'EHESS depuis 2014, révèle un...
Conférence publique de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM), par Marie Bossaert, historienne, maîtresse de conférences (université Clermont Auvergne), Augustin Jomier, historien, maître de conférences (Inalco, IRMC Tunis) et Alain Messaoudi, historien, maître de conférences...
Cette rencontre avec Augustin Jomier, historien et arabisant (Inalco, CERMOM) et auteur d'une récente étude sur l'ibadisme contemporain, vous propose d'explorer l’historiographie renouvelée de l’Algérie de l’époque coloniale à partir de sources arabes et de découvrir les ressources ibadites de la BULAC.
Nos intervenants
Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Clermont Auvergne depuis 2023. Auparavant, post-doctorante à la Scuola Superiore Meridionale de Naples et chargée de cours à l’université Federico II (2020-2023), membre scientifique de l’École française de Rome (2016-2021), et post-doctorante dans les instituts allemands de Rome et d’Istanbul (2016).
Historien et arabisant, Augustin Jomier est maître de conférences au département des études arabes de l’Inalco et maître de conférences cumulant au département d’histoire de l’ENS-PSL. Il est responsable scientifique du projet Maktabatân, porté par la BULAC, l’IRHT et l’Institut de France, et financé par Biblissima+ de numérisation enrichie de manuscrits et d’archives de l'émir Abdelkader et du cheikh al-Haddâd et responsable scientifique des archives René Basset (EHESS).
Découvrir le portrait d'Augustin Jomier sur le Carreau de la BULAC
Emmanuel Szurek est maître de conférences à l’EHESS et directeur de l’European Journal of Turkish Studies. Historien de la Turquie, il explore les politiques linguistiques du kémalisme, l’histoire sociale de l’orientalisme savant et les formes françaises et turques de négation du génocide des Arméniens. Il est l’auteur, avec Zeynep Ertuğrul, de Le meurtre et la langue. Dire le génocide dans la Turquie des années 1930 (EJTS, 2025), et a codirigé plusieurs ouvrages, dont Turcs et Français. Une histoire culturelle (1860–1960), Kemalism: Transnational Politics in a Post-Ottoman World et L’orientalisme en train de se faire.
Benjamin Guichard est conservateur en chef des bibliothèques, directeur scientifique de la BULAC depuis 2015.