Publié : 21.07.2021, mis à jour: 04.01.2022 à 12:39

Domaine chinois

Avec plus 70 000 volumes (43 000 titres) et 900 titres de presse et de revues scientifiques, la BULAC conserve l’un des plus riches fonds sur la Chine moderne et contemporaine de France. Le fonds pré-moderne comprend un peu plus d’un millier de titres chinois, édités entre le XVIe siècle et la chute de l’empire chinois en 1911. Il s’agit principalement d’imprimés réalisés par les missionnaires ou les premières presses chinoises. Le fonds moderne et contemporain comprend les ouvrages édités de 1912 jusqu’à aujourd’hui. Les collections les plus récentes en langue chinoise se répartissent en trois corpus chronologiques : 1912-1949 (7 %), 1950-1978 (28 %) et les éditions postérieures à 1978 (65 %). La collection reflète tout naturellement l’évolution de la politique éditoriale des « mondes chinois » : liberté d’expression à Hong Kong, censure à Taïwan à l’époque de la loi martiale, large censure en Chine depuis 1949. Le domaine chinois se compose majoritairement d’ouvrages en chinois classique ou moderne, édités dans l’ensemble du monde sinophone (Chine continentale, Taïwan, Hong Kong, Macao et la diaspora). Il comprend également un corpus d’ouvrages rédigés dans les dialectes et les langues des minorités du territoire chinois. Par ailleurs, la collection de périodiques de la BULAC est forte de plus de 900 titres, couvrant des publications datant de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Avec 130 abonnements papier courants et la souscription à plus de 7 000 titres sous forme électronique, elle est aujourd’hui la plus riche collection d’abonnements vivants de l’établissement. 

 

Affiche de propagande de Mao Zedong (毛泽东思想的阳光照亮无产阶级文化大革命的道路)

Affiche de propagande de Mao Zedong (毛泽东思想的阳光照亮无产阶级文化大革命的道路). Source de l’illustration.

Présentation générale

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Le domaine chinois est constitué de la réunion de quatre fonds issus de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), du Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine (CECMC) de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et de l'UFR des Langues et Civilisations de l'Asie orientale (LCAO) de l'université Paris Diderot. Les collections imprimées sont complétées par une sélection de ressources en ligne acquises par la BULAC depuis son ouverture.

Près de 13 000 ouvrages et 60 titres de périodiques sont disponibles en salles de lecture. Le reste des collections est conservé en magasin et accessible sur demande. Parmi les collections en magasin, les 2 000 titres du fonds chinois ancien sont uniquement consultables en salle de la Réserve.

Historique du fonds

Cours graduel et complet de chinois parlé et écrit (...), par le comte Kleczkowski, Paris, Maisonneuve, 1876.

Cours graduel et complet de chinois parlé et écrit (...), par le comte Kleczkowski, Paris, Maisonneuve, 1876. Source de l'illustration

 

L’essentiel des collections du domaine chinois provient du fonds de la BIULO, dont la constitution remonte aux débuts de l’enseignement du chinois à l’École des langues orientales en 1843. 

En dépit de l’intérêt précoce de la France pour l’empire du Milieu, il faut attendre 1814 pour voir naître au Collège de France la première chaire française - et également européenne - de langues et littératures chinoises et tartares-mandchoues. Celle-ci professe toutefois une sinologie savante déconnectée de la réalité du terrain, alors que l’ouverture de la Chine suite au traité de Nankin (1842) laisse présager d’intenses activités commerciales et diplomatiques dans la région. En 1843, à l’heure où l’ensemble des puissances occidentales espèrent pénétrer le marché chinois, le ministère de l’Instruction publique impose à l’École des langues orientales la création d’une chaire de chinois vulgaire, confiée à Antoine Bazin (1799-1862). Se succèdent jusqu’en 1945 une série de grands professeurs qui laissent chacun une œuvre remarquable : grammaires, leçons, recueils de textes pour l’enseignement, traductions et études pionnières. 

Les ouvrages chinois entrent très tôt dans le fonds de la bibliothèque par le biais d’achats en salles de vente et d’échanges avec des correspondants de l’École des langues orientales en Chine : Mgr Desflèches (1814-1887) à Chongqing, Mgr Languillat (1808-1878) à Shanghai, Gabriel Devéria (1844-1899), interprète de la Légation de France, à Pékin et le consul Philibert Dabry de Thiersant (1826-1898) à Canton. En complément, administrateurs, secrétaires et bibliothécaires de l’École conduisent ponctuellement des voyages d’exploration bibliographique afin de développer la collection. C’est notamment le cas de Colette Meuvret (1896-1990), au cours de sa longue carrière à la bibliothèque (1923-1965). Les dons, enfin, contribuent dès l’origine à enrichir les collections. On note, en particulier, en 1927-1928, le don d’un diplômé de chinois, Jean Beauvais, qui offre à la bibliothèque une importante collection de monographies locales, assortie de romans, d’éditions classiques et d’un certain nombre d’ouvrages rares.

Des débuts de la guerre civile (1927) à la fin de l’ère maoïste (1976), les entrées sont très inégales, les convulsions politiques venant perturber l’enrichissement des collections. Elles s’effondrent entre 1937, début de l’invasion japonaise, et 1949, fin de la guerre civile. Elles reprennent timidement durant la reconstruction d’après-guerre et retrouvent un rythme plus soutenu à partir des années 1960, d’abord auprès de la République de Chine à Taïwan, puis du continent chinois, où les achats se trouvent facilités par le rétablissement des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine (RPC) et l’Occident à partir des années 1970. Après la mort de Mao Zedong (1976) et le lancement des réformes (1978), les acquisitions augmentent de manière significative et répondent à des besoins croissants. En effet, le nombre d’étudiants est en plein essor en France, tandis que la production sinologique occidentale connaît un développement sans précédent, grâce à l’accès plus large à la documentation de Chine populaire, dont la qualité s’affirme à mesure que l’orthodoxie maoïste cède le pas à la recherche.

Couverture de l'ouvrage d'Alain Roux, Le singe et le tigre : Mao, un destin chinois, 2009

Couverture de l'ouvrage d'Alain Roux, Le singe et le tigre : Mao, un destin chinois, 2009. Source de l'illustration

À son ouverture en 2011, la BULAC hérite du fonds de la BIULO et accueille plusieurs titres de presse économique et politique du CECMC, près de 1 500 monographies et une soixantaine de revues en linguistique, histoire, littérature et philosophie provenant de l'ÉFEO, ainsi que plusieurs centaines d'ouvrages de l’UFR LCAO portant sur la Chine moderne et le théâtre. À côté des achats, les collections continuent de s’enrichir de dons réguliers, souvent issus des bibliothèques privées ou professionnelles de sinologues, tels que, ces dernières années, Christine Nguyen-Tri, Viviane Alleton ou encore l’ancien Centre d’études chinoises (CEC) de l’Inalco.

Profondeur historique du fonds

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Les collections du domaine chinois se répartissent entre le fonds pré-moderne et le fonds moderne et contemporain.

Fonds pré-moderne

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Le fonds pré-moderne comprend un peu plus d’un millier de titres chinois, édités entre le XVIe siècle et la chute de l’Empire chinois en 1911. Il s’agit principalement d’imprimés : xylographies, éditions à caractères mobiles et premières impressions à l’occidentale, réalisées par les missionnaires ou les premières presses chinoises. On compte également des petits corpus de manuscrits et d’archives, dont l’inventaire complet reste à faire.

Les documents du fonds ancien couvrent les fondamentaux de la culture chinoise, traditionnellement classés en quatre catégories : classiques 经, histoires 诗, penseurs 子 et belles lettres 集. Ce fonds reste encore largement à étudier, mais on peut déjà faire état de corpus intéressants. On y trouve par exemple une centaine de titres chrétiens – catholiques et protestants – édités en chinois et en dialectes entre la fin du XVIe et le début du XXe siècle. Cet ensemble donne à voir les efforts des presses missionnaires en Chine, ainsi que les différents formats utilisés en fonction des publics visés. Autre curiosité, une trentaine de titres sur l’Islam, combinant caractères chinois et alphabet arabe, entrés dans les collections par l’intermédiaire de Gabriel Devéria et du docteur Féray, médecin en poste au Yunnan au début du XXe siècle. Il s’agit principalement d’éditions du XIXe siècle : traités religieux et philosophiques, biographies du prophète, récits de pèlerinages, introductions à l’islam, explication de l’alphabet arabe, etc. Le fonds ancien conserve également 35 manuscrits Yi ainsi qu’une vingtaine de manuscrits de l’ethnie Naxi, qui ont fait l’objet d’une exposition en 2015 et dont on peut consulter une sélection sur la bibliothèque numérique aréale de la BULAC (BiNA).

Visuel
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Le fonds ancien comprend de très belles collections en langues occidentales, reflétant les origines des deux pendants de la sinologie : la sinologie religieuse et la sinologie scientifique. On y trouve les œuvres fondatrices des missionnaires, en particulier des jésuites, parmi lesquelles le De Christiana Expeditione apud Sinas suscepta ab Societate Iesu (1615) de Matteo Ricci, la Description de la Chine (1735) du père Du Halde, lArt militaire des Chinois (1772) du père Amiot, la Notitia linguæ sinicæ (1831) du père Prémare ou encore le Dictionnaire chinois-français (1890) de Séraphin Couvreur. Ces ouvrages côtoient les premières réalisations des sinologues « laïcs » tels que le Fundamental Laws of China (1810) de l’anglais Georges Staunton et les ouvrages des « pères » de la sinologie française, Jean-Pierre-Abel Rémusat (1788-1832) et Stanislas Julien (1797-1873).

Le fonds moderne et contemporain

Affiche de propagande de Mao Zedong (毛泽东思想的阳光照亮无产阶级文化大革命的道路)

Affiche de propagande de Mao Zedong (毛泽东思想的阳光照亮无产阶级文化大革命的道路). Source de l’illustration.

Le fonds moderne et contemporain comprend les ouvrages édités depuis 1912. Les collections en langue chinoise se répartissent en trois corpus chronologiques : 1912-1949 (7 %), 1950-1978 (28 %) et les éditions postérieures à 1978 (65 %). Avant 1978, les décennies sous-représentées dans les dates d’édition sont liées à l’histoire mouvementée de la Chine, en particulier pour les périodes 1912-1928 (révolution, crise économique et domination des Seigneurs de la guerre) et 1938-1955 (fin de la décennie de Nankin, invasion japonaise, guerre civile, victoire communiste et reconstruction du pays). D’autres décennies sont en regard très présentes, comme par exemple les années 1929-1937 avec plus d’un millier de titres. Pour la période 1950-1978, c’est la décennie 1966-1976 qui ressort avec, d’une part, en Chine continentale, les publications de la Révolution culturelle, à fort caractère de propagande, et, d’autre part, à Taïwan, le mouvement de la Renaissance culturelle, lancé en 1966 par Chiang Kai-Shek en riposte directe au démantèlement de la culture traditionnelle en RPC. Sur le plan éditorial, ce mouvement donne lieu à de nombreuses rééditions de classiques et compilations de sources chinoises modernes et pré-modernes, dont la bibliothèque conserve plusieurs exemples.

Le fonds reflète tout naturellement l’évolution de la politique éditoriale des « mondes chinois »  : liberté d’expression à Hong Kong, censure à Taïwan à l’époque de la loi martiale, large censure en Chine depuis 1949.

Si l’édition taïwanaise est aujourd’hui globalement libre, tel n’a pas été le cas sous la férule des présidents Chiang Kai-Shek (1949-1975) et Chiang Ching-Kuo (1976-1987). Les sciences politiques, la littérature chinoise moderne et les traductions de littérature étrangère sont alors sévèrement censurées, en particulier si elles touchent au communisme, à la démocratie, à l’indépendance de Taïwan ou à la critique du parti au pouvoir. En Chine continentale, la prise du pouvoir par le Parti communiste a conduit à une censure stricte, toute publication devant être préalablement soumise au contrôle de l’État. Les éditions de la période maoïste sont presque uniquement consacrées à la propagande. La BULAC conserve ainsi un corpus de brochures et de littérature édifiante des années 1950-1970, pro-communistes, dans le cas de la Chine populaire, anti-communistes dans le cas de Taïwan. Certains documents sont entrés par achat, au titre de sources pour l’étude de la Chine contemporaine ou dans le sillage de l’engouement passager d’une partie des intellectuels français pour la Révolution culturelle. D’autres sont arrivés par don, soit de la part d’institutions chargées de répandre la version officielle du gouvernement, soit de la part de particuliers de retour de séjours dans ces régions.

Si l’orthodoxie maoïste s’est relâchée dans les années 1980, l’État chinois exerce encore aujourd’hui un contrôle strict sur l’édition académique, en particulier en sciences politiques, sociologie, philosophie moderne, religion et histoire contemporaine. C’est pourquoi la bibliothèque opère une politique d’achat différenciée en fonction des sujets : les achats de documentation publiée en Chine continentale privilégient les sources primaires (œuvres littéraires, sources publiées) et les études académiques sur les disciplines les moins polémiques (étude littéraires, linguistique, études classiques), tandis que les éditions occidentales, hongkongaises et taïwanaises sont préférées pour tout ce qui touche à la philosophie, à la religion et à l’histoire contemporaine, ainsi qu’aux sciences sociales.

 

Particularités du fonds

Diversité linguistique et régionale

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Couvertures d'ouvrages en langues des minorités. Collections de la BULAC. 

Couvertures d'ouvrages en langues des minorités. Collections de la BULAC. 

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Le domaine chinois se compose majoritairement d’ouvrages en chinois classique ou moderne, édités dans l’ensemble du monde sinophone : Chine continentale, Taïwan, Hong Kong, Macao et diaspora. Il comprend également un corpus d’ouvrages rédigés dans les dialectes et les langues des minorités du territoire chinois, sous la forme principalement de dictionnaires, grammaires, manuels et recueils de littérature traditionnelle.

Pour des raisons historiques, le tibétain et le mongol relèvent de domaines propres car ils recoupent des entités différentes, soit étatique (Mongolie), soit politique (gouvernement tibétain en exil). De même, depuis 2011, la documentation sur Taïwan constitue un domaine documentaire spécifique, reflétant le développement des études taïwanaises. Pour finir, le domaine inclut une riche collection d’études chinoises éditées en Europe, aux États-Unis et en Asie (Japon et Corée en particulier).

Le poids des sources primaires

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Les sources primaires constituent l’un des points forts du domaine chinois, sous la forme notamment des recueils et collections (叢書) qu’affectionne la tradition lettrée chinoise. Civilisation hiérarchisée autour de l’écrit, la Chine a produit une incroyable quantité de textes à travers les âges. À cette base, que composent les classiques, annales historiques, dictionnaires et encyclopédies, se sont ajoutés au fil des siècles, gloses, exégèses, commentaires, repris et retravaillés par d’innombrables auteurs, puis une littérature plus profane, poésie, théâtre, roman. La passion classificatrice a conduit à la production de sommes toujours plus épaisses, impliquant le recours aux bibliographies et catalogues. Cette tradition se poursuit encore aujourd’hui : réédition de collections anciennes, œuvres complètes, anthologies thématiques, éditions d’archives, reproductions d’éditions rares (珍本) et anciennes (古本), etc. Le domaine chinois de la BULAC continue de s’enrichir régulièrement de collections de sources primaires

Répartition disciplinaire

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D’un point de vue disciplinaire, le fonds chinois s’est à l’origine construit autour de la littérature, de l’histoire et de la linguistique, trois disciplines qui ont servi depuis 1843 de corpus de base pour l’enseignement de la langue et de la culture chinoises à l’École des langues orientales. À partir de la fin des années 1970, la politique documentaire s’est infléchie pour répondre à des besoins croissants et de plus en plus diversifiés. Parallèlement, l’essor spectaculaire des études chinoises occidentales, d’une part, et de l’édition en langue chinoise, d’autre part, ont conduit les bibliothèques d’études chinoises de la région parisienne à mettre en place un partage documentaire pour couvrir les différents champs d’étude et de recherche. De fait, l’édition chinoise est passée de 12 500 titres en 1975 à plus de 40 000 en 1985, pour atteindre aujourd’hui plus de 350 000 nouveaux titres par an. Parallèlement, Taïwan publie de nos jours environ 40 000 nouveaux titres chaque année et Hong Kong, autour de 15 000 titres. Le partage s’est fait de manière chronologique et disciplinaire. La Chine et la sinologie classiques relèvent de la bibliothèque de l’Institut des hautes études chinoises (IHEC) du Collège de France, tandis que la BULAC et la bibliothèque du CECMC, désormais intégrée au Grand établissement documentaire du Campus Condorcet à Aubervilliers, portent leurs efforts sur la Chine moderne et contemporaine depuis 1840. D’un point de vue disciplinaire, la BULAC se focalise sur la littérature, l’histoire, la langue et, depuis les années 1980, les sciences politiques. Le CECMC, quant à lui, s’est spécialisé dans la sociologie et les sciences économiques, l’ÉFEO dans l’archéologie, l’anthropologie, l’histoire de l’art et les sciences religieuses.

La littérature est le pôle d’excellence de la collection et couvre aussi bien les classiques que les divers courants modernes et contemporains, en langue chinoise comme en traduction. La BULAC conserve plusieurs collections remarquables : reproductions et rééditions de classiques, anthologies de genres littéraires, anthologies thématiques, œuvres complètes des grands noms de la littérature chinoise, etc. Notons, pour exemple, l’édition de la Commercial Press du Sibu congkan 四部叢刊 (1919-1936), qui regroupe près de 500 œuvres choisies parmi les textes majeurs de la littérature chinoise classique, le Guben xiaoshuo jicheng 古本小說集成 (1994), compilation de facs-similés d’éditions anciennes de romans chinois traditionnels, ou, pour la littérature folklorique et populaire, la collection de littérature populaire conservée à l’Institut d’histoire et de philologie de l’Academia Sinica Su wenxue congkan 俗文学叢刊 (2002-2006) ainsi que les Dix compendiums d’art et littérature populaires des nationalités de Chine  (中国十部民族民间文艺集成志书 1986-2009).

L’histoire constitue le deuxième point fort du domaine, construit à partir d’un ensemble de documents historiques originaux, comprenant la plupart des textes historiques fondamentaux de la tradition chinoise, un petit corpus d’archives diplomatiques et d’anciennes éditions de monographies locales. Dans la seconde moitié du XXe siècle, la politique documentaire s’est centrée sur la fin de la dynastie Qing (1840-1911) et l’histoire moderne et contemporaine. Dès lors, les acquisitions ont privilégié l’achat de sources primaires éditées, sans négliger les sources secondaires, en particulier les études historiques publiées à Taïwan, Hong Kong, en Europe et aux États-Unis. Parmi les collections phares du fonds, citons la [Compilation de monographies locales de Chine] 中國地方志集成 et les [« Collection de matériaux pour l’histoire de la Chine moderne »] 近代中國史料叢刊, dont la BULAC conserve plus de 2 000 volumes.

Depuis les années 1980, les sciences sociales n’ont cessé de prendre une place croissante au sein du fonds chinois, en particulier les sciences politiques, la sociologie et l’anthropologie. La part des études académiques éditées hors de Chine y est plus élevée que celle des études publiées en RPC : d’une part, le champ disciplinaire s’est construit lentement en Chine, d’autre part, il s’est vite trouvé biaisé par le discours idéologique de l’ère maoïste. Si la situation a évolué à partir des années 1980, les sciences politiques demeurent fortement marquées par l’idéologie dominante. Les sciences économiques et juridiques sont également couvertes, mais de manière plus sélective. Dans ces domaines également, la BULAC conserve plusieurs collections d’un grand intérêt. Parmi les acquisitions récentes, citons une collection de sources historiques sur les réformes économiques chinoises 中国资本主义工商业史料丛刊, ainsi que les neuf séries de la « Collection Zhongguo jin xiandai nüxing xueshu congkan » 中國近現代女性學術叢刊, compilation d’études, publications, lois et autres types de documents liées aux femmes et au féminisme et publiées en Chine entre 1840 et 1949.

Sur le plan linguistique, le domaine chinois propose une collection de référence pour l’apprentissage du chinois, depuis les premiers manuels, dictionnaires et grammaires établis par les missionnaires et sinologues, jusqu’aux innombrables matériaux d’apprentissage qui paraissent chaque année sur le sujet, en Europe, aux États-Unis et dans le monde sinophone. Les études linguistiques en langues occidentales sont systématiquement couvertes et les études linguistiques chinoises, qui se sont vraiment développées à partir du début des années 1990, sont suivies de manière sélective, les études de cas pointues demeurant la spécialité du fonds documentaire du Centre de recherche linguistiques sur l’Asie orientale de l’EHESS (CRLAO), notamment pour les dialectes et langues des « minorités ».

Les autres disciplines des sciences humaines et sociales – philosophie, religion, arts et artisanat – ne font pas partie des spécialités du domaine. Les ouvrages de référence, manuels et synthèses sont acquis pour les besoins des étudiants, mais les études et sources chinoises ne sont couvertes que de manière sélective. Notons toutefois que le brouillage croissant des frontières disciplinaires, lié au développement des études interdisciplinaires, conduit le fonds à être de plus en plus encyclopédique.

Les revues et titres de presse du fonds chinois

On ne peut présenter le domaine chinois de la BULAC sans mentionner sa collection de revues et titres de presse. Forte de plus de 900 titres, elle couvre des publications datant de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Avec 130 abonnements papier courants et la souscription à plus de 7 000 titres sous forme électronique, elle est aujourd’hui la plus riche collection de revues et titres de presse vivants de l’établissement. 

La majorité des titres chinois viennent de Chine continentale, Taïwan et Hong Kong, mais on trouve également quelques dizaines de titres édités par la diaspora en France, Belgique, Allemagne, Cambodge, Malaisie ainsi qu’aux Philippines.

Plus d’un tiers des titres sont antérieurs à 1949. Leurs états de collection sont très disparates, en raison des difficultés d’approvisionnement et des aléas de la presse chinoise à cette époque. La BULAC conserve ainsi plusieurs titres créés dans le cadre d'événements précis (comme par exemple le mouvement du 30 mai 1925) qui n’ont donné lieu qu’à un ou deux numéros. On compte toutefois quelques belles séries, concernant les journaux officiels de la République de Nankin (1927-1949) ou des revues littéraires importantes, comme le Short Story Magazine de Shanghai (小說月報). On y trouve également plusieurs revues anciennes d’information politique, comme le Zilin hubao (字林滬報). 

Après 1949, il faut distinguer les titres édités en RPC des titres publiés à Taïwan. Si la BULAC possède, pour les années 1949 à 1976, les numéros de moins d’une cinquantaine de titres créés en RPC, on constate en revanche l’entrée d’une centaine de titres publiés à Taïwan. À partir de 1976, l’acquisition de titres de RPC se développe rapidement, avec près de 200 titres et des collections bien mieux suivies, fortement orientées sur la littérature, l’histoire et la langue. L’approvisionnement facilité permet de suivre les nouvelles créations et d’acquérir les numéros récents de titres plus anciens.

Ces collections sont complétées par l’achat de reprints de publications historiques ainsi que par les ressources en ligne : archives du Eastern Miscellany (東方雜誌, 1904-1948), archives de journaux édités entre 1921 et 1949 et liés au parti communiste chinois (Chinese Communist Party Newspaper Archives Database), portails de revues académiques (Chinese Academic Journals Full-text Database , 1915-...., Taiwan Electronic Periodical Services et Sinica Sinoweb), portails de titres de presse (China Core Newspapers Full-text Database, 2000-..., Press Display) et une trentaine de revues occidentales spécialisées sur la Chine. 

 

Développement actuel du fonds

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Pour l'enseignement, la documentation indispensable à l'apprentissage du chinois et les manuels et synthèses universitaires sur la culture et la civilisation chinoises sont acquis de manière systématique. Pour la recherche, les acquisitions combinent documentation primaire en langue chinoise et études académiques publiées aux État-Unis, en Europe, à Hong Kong et à Taïwan. Parallèlement, la BULAC s’efforce d’offrir l’accès à une sélection croissante et variée de ressources en ligne, en privilégiant les ressources en langue chinoise, cruciales pour les recherches sur le monde sinophone : revues et monographies académiques, presse, dictionnaires (Grand Ricci), encyclopédies et films. 

Depuis les années 2010, la politique documentaire cherche à s’ouvrir davantage aux orientations des études chinoises à l’échelle internationale, en accordant une place toujours croissante aux enjeux contemporains, aux études interdisciplinaires et aux approches transrégionales. En France, les études chinoises se sont longtemps focalisées sur la Chine impériale et l’approche philologique, ce dont témoignent les collections des grands fonds sinologiques français. De nos jours, le besoin d’une connaissance approfondie de la Chine contemporaine invite à une attention plus grande à l’histoire et aux problématiques contemporaines. Comme le souligne Sebastian Veg dans le Livre blanc des recherches sur l’Asie et le Pacifique : « La recherche française reste bien positionnée dans l’étude des religions chinoises, y compris dans le monde contemporain, à l’articulation des approches philologique et anthropologique, de même que dans certains domaines de la sociologie urbaine et rurale. En revanche, l’histoire contemporaine et les sciences politiques paraissent délaissées »1 . Cette constatation est largement partagée par d'autres chercheurs : « Les décideurs politiques doivent décider de certaines priorités et reconnaître que dans les trente ans à venir nous aurons besoin de personnes qui connaissent la politique chinoise, le droit, l’économie chinoise »2 . La BULAC cherche dès aujourd’hui à anticiper ces besoins en suivant de plus près les études anglo-saxonnes et sinophones sur la politique, l’économie et l’évolution du droit en Chine contemporaine, ainsi que les thématiques émergentes telles que l'écologie et l’environnement, l'innovation économique et technique, les relations internationales et la « Nouvelle route de la soie ».

  • 1 Sebastian Veg, « L’aire chinoise », dans Livre blanc des recherches sur l’Asie et le Pacifique, GIS-Asie, p. 146.
  • 2 Jean-François Huchet, « Perspectives de la recherche et de l'enseignement sur la Chine », dans Livre blanc des recherches sur l’Asie et le Pacifique, GIS-Asie, p. 280.
Visuel
Landkarte / Grafik: Chinas Belt and Road-Initiative - eine Übersicht der wichtigsten Projekte in Asien, Afrika und Europa, Stand 2018

Carte : Initiative « la Ceinture et la Route Chinoise » - aperçu des projets les plus importants en Asie, en Afrique et en Europe, à partir de 2018. Source de l'illustration

Consultez également les ressources sélectionnées par le chargé de collections du domaine chinois.

Soline Lau-Suchet
Responsable adjointe du pôle Développement des collections et chef de l'équipe Asie. Chargée de collections pour le domaine taïwanais et le fonds chinois ancien.
soline.lau-suchet@bulac.fr