Publié : 21.07.2021, mis à jour: 09.11.2021 à 16:07

Domaine coréen

Le fonds coréen de la BULAC est l’un des plus anciens de France. Il se compose d’environ 16 000 titres (20 000 volumes) ainsi qu’une centaine de revues et magazines, auxquels s’ajoutent plus de 600 ouvrages anciens incluant des manuscrits et des xylographies. Cet ensemble couvre l’essentiel des aspects de la culture coréenne, et constitue l’un des fonds documentaires les plus importants de France et d’Europe. L’histoire, la littérature, les études linguistiques ainsi que les manuels de langue, les sciences sociales ou encore les religions y sont bien représentés, de même que l’art et l’archéologie.

Détail de l'ouvrage 朝鮮,朝鮮總督府,大正十四年 [1925].

Détail de l'ouvrage 朝鮮,朝鮮總督府,大正十四年 [1925]. Collections de la BULAC. 

Présentation générale

Texte

La BULAC conserve l’un des fonds coréens les plus anciens et importants de France. Ce domaine est composé d’environ 16 000 titres (20 000 volumes), d’une centaine  de revues, dont une douzaine d’abonnements courants, et de plus de 600 ouvrages anciens (parmi lesquels des xylographies et des manuscrits). Il est constitué principalement de la réunion de fonds issus de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), de la bibliothèque de l'UFR des Langues et Civilisations de l'Asie orientale (LCAO) de l'Université de Paris (anciennement université Paris Diderot) et de dépôts du Centre de recherches sur la Corée (CRC) de l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), ou encore de l’École Française d’Extrême-Orient (EFEO). Cet ensemble documentaire est complété par les ressources en ligne de la BULAC. 

Les collections en provenance de la BIULO comprennent près de 8000 titres centrés sur l’histoire, la littérature, la société et, dans une moindre mesure, la philosophie et la religion coréennes. Elles incluent également quelques 600 ouvrages anciens, imprimés, manuscrits ou xylographies, publiés pour la plupart avant 1900, en langue coréenne, hangeul, et en chinois classique. Il s'agit de la plus grande collection coréenne ancienne en Europe qui comprend des livres sur la langue, l'éducation, les sciences, la politique, l’histoire, la littérature et l’art. Il contient également certaines copies uniques inexistantes en Corée, ainsi que des copies rares. Par exemple, 뎡니의궤 Tyŏngni ŭigwe (COR.I.21), 원달고가 Wŏndalgoga (COR.I.73) et 改修捷解新語 Kaesu ch'ŏphaeshinŏ (COR.I.133) sont des exemplaires uniques que l'on ne trouve qu'à la BULAC.

page de Kuunmong, dans l’édition populaire en chinois classique, xylographiée au XIXe siècle

Page de Kuunmong dans l’édition populaire en chinois classique, xylographiée au XIXe siècle (Collection de la BULAC). 

Texte

La collection déposée par l'UFR LCAO, et réunie à l’origine par le professeur Li Ogg (1928-2001), comporte 7 000 ouvrages portant sur l'histoire de la Corée jusqu'au XIXe siècle et sur la littérature classique. L’UFR LCAO a également fait don à la BULAC d’une centaine de revues et de plus d’un millier de thèses et mémoires soutenus en Corée du Sud, en cours de traitement. Le CRC (EHESS) a complété ce fonds par le dépôt de plusieurs centaines d'ouvrages sur la civilisation coréenne moderne et contemporaine, et de deux titres de revues.

Le domaine coréen de la BULAC est constitué à 75 % d’ouvrages en langue coréenne, édités en Corée ou par la diaspora et couvrant les principaux aspects de la culture coréenne. Il regroupe également des ouvrages en anglais ( 12 %), en français (7 %) et dans d’autres langues d’Asie (japonais, chinois) ou d’Europe (russe, allemand, italien). La part des ouvrages en langue française est en progression constante, du fait de l’essor récent des études coréennes en France, notamment dans le champ de la traduction littéraire.

La BULAC conserve également un petit corpus sur la Corée du Nord, composé d’éditions nord-coréennes (plus de 300 volumes publiés à Pyongyang en langue coréenne) et d’ouvrages en langues occidentales.

Les disciplines les mieux représentées dans les collections sont en premier lieu l’histoire, suivie par la littérature, les sciences sociales, les manuels de langue et la linguistique, et enfin la religion. L’art et l’archéologie sont couverts de manière plus marginale, tandis que les sciences et techniques, ainsi que le droit, y demeurent minoritaires.

 

Historique

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Les premiers ouvrages acquis par la bibliothèque de l’École des langues orientales, au XIXe et au début du XXe siècles, sont le fruit de la curiosité pour les pays avoisinants des pionniers de la sinologie et des études japonaises. La constitution de ces collections reflète l’histoire de la découverte de la Corée et des études coréennes en France.

La Corée, une lointaine inconnue

Texte

La Corée fut d’abord connue au travers d’informations transmises via la Chine ou le Japon. Interdite aux étrangers dès le début du XVIIe siècle, la Corée avait alors coutume de retenir les naufragés contre leur gré. En 1653 un navire de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, s’échoua sur l’île de Quelpaert (Chejudo). Au terme d’une longue captivité, une poignée de rescapés parvint à s’enfuir vers le Japon avant de regagner les Pays-Bas. Le récit de l’aventure fut publié en 1668 par le commissaire de bord, Hendrik Hamel (1630-1692), et traduit en français en 1670. Ce récit connut une grande diffusion à travers l’Europe et constitua longtemps l’une des meilleures sources sur la Corée, tout en véhiculant quelques erreurs significatives sur le pays. Le texte de Hamel fut réutilisé jusqu’à la fin du XIXe siècle, par exemple par l’orientaliste américain William Elliot Griffis (1843-1928), dans son ouvrage, Corea, the Hermit Nation (1882).

Les missionnaires français, forts de leur présence clandestine dans la péninsule coréenne depuis le début du XIXe siècle, publient des ouvrages linguistiques  fondés sur une observation directe et d’une pratique active de la langue coréenne. Ainsi paraît en 1880, à Yokohama, le premier Dictionnaire coréen-français.

Léon de Rosny (1837-1914), premier professeur de japonais de l’École des langues orientales, reprend très partiellement le récit de Hamel dans l'ouvrage Variétés orientales historiques, géographiques, scientifiques, biographiques et littéraires, (1868), symptôme de la difficulté à se procurer des documents sur ce pays. Son Aperçu de la langue coréenne (1864) est l’une des premières études françaises sur le sujet. Léon de Rosny publia par la suite quelques études plus contemporaines, comme Les Coréens : aperçu ethnographique et historique (1886), qui se fondent principalement sur des études livresques.

 

Naissance des études sur la Corée

Légende : Ex Libris Victor Collin de Plancy. 李荇 [Yi Haeng], 新增東國輿地勝覽 [Shinjŭng tonggung yŏji sŭngnam], 1883.

Ex Libris de Victor Collin de Plancy. 金正浩 [Kim, Jŏngho], 青邱圖 [Ch'ŏnggudo], XIXe siècle. Collections de la BULAC. 

En 1876, le Japon contraint la Corée à ouvrir certains ports à son commerce. Les puissances occidentales s’engouffrent progressivement dans la brèche et la France normalise ses relations avec le royaume en 1886. L’année suivante, Victor Collin de Plancy (1853-1922) est nommé consul et ministre plénipotentiaire à Séoul. Il se prend d’un vif intérêt pour l’art et les livres coréens qu’il se procure dans les librairies de la capitale, constituant ainsi une collection d’une richesse intellectuelle et ethnographique inégalée. Ses livres sont aujourd’hui dispersés entre la Bibliothèque nationale de France, la Médiathèque du Grand Troyes et la BULAC.

En 1887, Collin de Plancy accueille un jeune élève-interprète, Maurice Courant qui entreprend une étude systématique du livre coréen. Au terme d’efforts soutenus, le premier volume de la Bibliographie coréenne, tableau littéraire de la Corée, paraît à Paris en 1894. Trois volumes et un supplément paraîtront jusqu’en 1901, constituant une œuvre qui demeure, aujourd’hui encore, une référence. La rédaction de cette compilation est menée parallèlement à la collecte d’ouvrages coréens,  qui sont en majorité adressés à la bibliothèque de l’École des langues orientales où ils constituent aujourd’hui le cœur du fonds coréen ancien de la BULAC.

L’ouverture progressive de la Corée à partir des années 1880 offre l’occasion à divers voyageurs ou ethnologues de visiter le pays, conduisant à la publication d’articles et récits de voyages sur le pays. Quelques traductions françaises, plutôt des adaptations assez libres de romans coréens, sont également publiées à la fin du XIXe siècle, comme Le printemps parfumé ou encore Le bois sec refleuri, grâce à la présence de l’étudiant nationaliste Hong Tjyong-U (Hong Chong-u) à Paris. Ce dernier collabora avec un certain Henri Chevalier, pour traduire le Guide pour rendre propice l'étoile qui garde chaque homme. Ce dernier publia également un résumé du Cérémonial de l'achèvement des travaux de Hoa Syeng (Suwŏn Hwasŏng). La BULAC possède l'édition originale de ce livre dans le fonds ancien (auteur inconnu, 直星行年便覽 [Chiksŏng haengnyŏn p'yŏllam], COR.I.346, [XIXe siècle ?]). 

 

Visuel
Détail du manuscrit 뎡니의궤 [Tyŏngni ŭigwe], 整理所 [Chŏngniso], [1797-1800].

Détail du manuscrit 天下總圖 [Ch'ŏnha ch'ongdo], [fin XVIIe siècle ?]. Collections de la BULAC. 

Frontispice d’une publication du bureau d’information coréen à Paris. Collections de la BULAC. 

Frontispice d’une publication du bureau d’information coréen à Paris : L'Indépendance de la Corée et la paix. La question coréenne et la politique mondiale japonaise. 1919. Collections de la BULAC. 

Avec l’annexion et la colonisation japonaises, de 1910 à 1945, la Corée connaît une longue éclipse. Elle n'est évoquée le plus souvent que sous la forme de chapitre dans des ouvrages sur le Japon et parfois mentionnée au détour de périples autour du monde. Plusieurs auteurs Japonais ont aussi écrit sur la Corée, non seulement à l’occasion de l’annexion au Japon, mais encore dès les années 1900, comme Natsume Sôseki avec ses Haltes en Mandchourie et en Corée. Diverses études japonaises sont aussi menées sur la Corée à la même époque. La BULAC conserve par exemple un album de photographies sur la Corée, patronné par le Gouvernement général de Corée de l’époque coloniale (Chōsen Sōtokufu). 

En 1919, lors de  la conférence de la Paix de Paris, à l’issue de la Première Guerre mondiale, les patriotes coréens, soutenus par la fondation d’un gouvernement provisoire de la République de Corée dans la concession française de Shanghai, tentent d’influencer les  puissances alliées pour faire reconnaître la cause de l’indépendance coréenne. Cette délégation, menée par Kim Kyu-sik (1881-1950), présente des manifestes et installe un Bureau d’information coréen à Paris. La BULAC conserve des exemplaires rares de la production éditoriale de ce Bureau de presse. 

 

Soutenue par la Ligue des droits de l’homme et par des gens de lettres, des artistes et des politiques, une Association des amis de la Corée naît en 1920 à Paris. Les articles de l’éphémère revue La Corée Libre   dénoncent l’impérialisme japonais en Asie. Il faut aussi noter, quelques années plus tard, la présence à Paris de Seu Ring Hai (Sŏ Yŏng-Hae) indépendantiste et journaliste, représentant officieux du gouvernement provisoire coréen, qui fut le premier auteur coréen de langue française, avec son roman patriotique Autour d'une vie coréenne. Publié en 1929, il est traduit en coréen pour la première fois en 2019 (어느 한국인의 삶). Le récent développement des études sur le domaine du mouvement d’indépendance (1919-1945), ainsi que l’entrée dans une période de commémorations, ont conduit à développer l’offre documentaire de la BULAC sur ce sujet qui touche également les relations avec la France.

Époque contemporaine

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La fin de la guerre du Pacifique redonne à la Corée son indépendance mais s’accompagne des souffrances de la division en zones d’occupation américaine et soviétique, la fondation de régimes séparés et de la guerre de Corée (1950-1953). Les études coréennes en France renaissent à la fin des années 1960, toujours à l’ombre de la japonologie, grâce à Charles Haguenauer (1896-1976), qui enseigna la langue japonaise à l’École des langues orientales, puis à la Sorbonne. Il fut un des rares voyageurs étrangers à visiter la Corée sous occupation japonaise à la fin des années 1920. La BULAC a hérité de divers documents, notamment des cartes et des dépliants touristiques, collectés en Corée et parfois annotés de sa main (voir don Charles Haguenauer : cartes et guides touristiques).

C’est grâce à l’obstination de Charles Haguenauer qu’en 1960 Li Ogg (1928-2001) inaugure  l’enseignement du coréen à l’École des langues orientales. En 1970, il devient maître-assistant à la Sorbonne avant d’occuper une chaire de plein droit à l’université Paris Diderot, où il fonde la section coréenne, avant de prendre sa retraite en 1994.On lui doit des études sur l’antiquité coréenne ainsi qu'une première Histoire de la Corée, (1968) et La Corée : des origines à nos jours  (1988).

 

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Une chaire de coréen est créée à l’Institut national des langues orientales en 1969. Elle est occupée par un ancien élève de LI Ogg, le linguiste André Fabre (1932-2009), jusqu’à sa retraite en 1998. Il s’est attelé à une traduction partielle du gigantesque roman La terre de Pak Kyŏng-ni, qui compte vingt et un volumes dans sa forme originelle. On lui doit aussi plusieurs méthodes de coréen. Nourrissant une grande prédilection pour l’histoire et la littérature, particulièrement la poésie, André Fabre s’est également intéressé aux religions comme le bouddhisme. Il a rapporté de Corée de nombreux ouvrages, aujourd’hui rares, notamment une série de manuels scolaires d’enseignement primaire des années 1950 et 1960 qui ont été offerts à la bibliothèque.

Depuis la fin des années 1990, les études coréennes en France connaissent un important essor, caractérisé par une augmentation significative des effectifs étudiants et la floraison de sections d’études coréennes. Ce développement s’est accompagné d’un enrichissement continu du fonds coréen de la BULAC. Il bénéficie à partir des années 2000 de dons réguliers de différents organismes, comme la Korea Foundation ou l’Academy of Korean Studies, l’Institut national d’histoire de Corée, (Kuksap'yǒnchan wiwǒnhoe), la Bibliothèque de l’Assemblée nationale de Corée ou le Musée national de Corée. En parallèle, la BULAC a mené une politique active d’acquisitions ciblées sur des thèmes liés aux grands domaines de recherche sur la péninsule et à l’enseignement de la langue (littérature originale et traduite, manuels d’apprentissage, grammaires, dictionnaires, études historiques ou anthropologiques).

L'édition en Corée aujourd'hui

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En 2021, les ménages coréens ont dépensé en moyenne 8 € par mois en achats de livres, toutes catégories confondues. Pourtant, au total, le budget moyen des loisirs culturels atteignait au total  103 € par mois par foyer. (www.statista.com). Environ 71 % des Coréens de plus de 18 ans lisent au moins un livre par an et 20 grandes villes ont été désignées comme « Reading City » en raison du dynamisme de leurs bibliothèques. Il existe environ 42 000 maisons d’édition enregistrées, dont 10 % sont en réelle activité.

Au second semestre 2019, le total des ventes de livres en Corée du Sud (République de Corée), aurait généré 13, 431.1 milliards de Wons, soit environ 3 milliards d’euros en six mois. Ce chiffre paraît stable au fil des ans. Le nombre de titres publiés est en constante progression. La majorité des maisons d’édition coréennes demeurent des structures artisanales. L’impact de la crise sanitaire semble avoir été minime (Publication Industry Promotion Agency of Korea (KPIPA), rapports de 2020).

Thèmes

Répartition 2019

Répartition 2020

Nombre de titres

Nombre de titres 

(%) du marché

Généralités

1 388

1 485

2,26

Philosophie 

2 291

2 452

3,73

Religion

2 958

3 373

5,13

Sciences sociales, politique, etc.

12 374

12 734

19,35

Sciences

965

897

1,36

Techniques

7 140

7 388

11,23

Art

2 411

2 534

3,85

Langues et linguistique

2 300

1 977

3,00

Littérature

13 567

13 608

20,68

Histoire

2 308

2 257

3,43

Ouvrages d’apprentissage, manuels

2 855

2 484

3,78

Ouvrages pour la jeunesse

8 078

8 003

12,16

Bandes dessinées / romans graphiques (manhwa)

6 797

6 600

10,30

Total

65 432

65792

100,00

Source : KPIPA 2021. Répartition des ouvrages publiés en 2020 (2e semestre).

Texte

La Corée du Sud importe chaque année près de 10 000 copyrights dont les livres sont par la suite traduits et publiés en coréen, tandis que seuls les droits d’environ 1 500 ouvrages coréens sont exportés chaque année. Les titres traduits vers le coréen sont principalement importés des États-Unis, du Japon et de trois pays européens : Royaume-Uni, Allemagne et France. Les droits d'auteur sud-coréens sont surtout vendus  aux pays asiatiques proches, comme la Chine, Taiwan et le Japon mais aussi, de plus en plus, vers la Thaïlande ou le Vietnam. Les récents romans de Kim Un-Su, Shin Kyoung-sook, Apple Kim, Jeong You-jeong, Kim Young-ha, Hwang Seok-yong et bien d’autres ont été de grands succès de librairie et ont fait l’objet de traductions à l’étranger tout comme en France. De nombreux éditeurs français, tels que Philippe Picquier, Actes Sud, Autres Temps, Imago, Zulma, l’Atelier des cahiers ou DeCrescenzo traduisent régulièrement de la littérature coréenne.

 

Consultez également les ressources sélectionnées par le chargé de collections du domaine coréen.

Soline Lau-Suchet
Responsable adjointe du pôle Développement des collections et chef de l'équipe Asie. Chargée de collections pour le domaine taïwanais et le fonds chinois ancien.
soline.lau-suchet@bulac.fr