Publié : 05.05.2021, mis à jour: 02.09.2021 à 21:48

Domaine japonais

La BULAC conserve le fonds japonais le plus ancien et le plus important de France (après celui de la Bibliothèque nationale de France). L’essentiel des collections du domaine japonais provient du fonds de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO). Sa constitution remonte aux débuts de l’enseignement de la langue et de la civilisation japonaises à l’École des langues orientales.

Présentation générale

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Le fonds japonais de la BULAC se compose d’environ 62 000 volumes (30 000 titres) et de 200 revues, dont 90 abonnements en cours. Il s’est constitué grâce aux collections de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), et s’est enrichi au fil du temps des dépôts de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), du Centre de recherches sur le Japon (CRJ), de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et de l'UFR des Langues et civilisations de l'Asie orientale (LCAO) de l'Université de Paris (ex-Paris Diderot). Un ensemble de ressources en ligne, auxquelles la BULAC est abonnée depuis son ouverture, viennent compléter ces collections imprimées.

Près de 9 900 volumes et 50 titres de revues académiques sont librement accessibles dans les salles de lecture de la BULAC. Les collections conservées en magasin sont consultables en effectuant une demande en ligne. L’ensemble des titres en langues occidentales sur le Japon ainsi que les ouvrages japonais acquis après l’année 2000 sont signalés dans le SUDOC et le catalogue de la BULAC. Les ouvrages japonais entrés avant 2 000 dans les collections figurent dans un catalogue sur fiches dont la publication en ligne est en cours. Le fonds inclut également plus d’un millier de titres anciens, incluant des manuscrits, des estampes ou des xylographies, consultables dans la salle de la Réserve.

Histoire

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L’essentiel des collections du domaine japonais provient du fonds de la BIULO. Sa constitution remonte aux débuts de l’enseignement de la langue et de la civilisation japonaises à l’École nationale des Langues orientales vivantes (ELOV) avec Léon de Rosny (1837-1914) en 18541 .

Ce dernier contribue activement à constituer un fonds d’ouvrages japonais, notamment un ensemble d’ouvrages anciens collectés par un missionnaire russe orthodoxe, Ivan V. Mahov2 . La bibliothèque de l'École s’attache dès lors à se procurer la documentation nécessaire à cet enseignement : manuels scolaires, ouvrages didactiques et dictionnaires. Elle collecte également les études occidentales sur le Japon, à commencer par les écrits des missionnaires jésuites, premiers à publier sur l’Empire du soleil levant, et les études des pionniers laïcs de la japonologie : Julius von Klaproth (1783-1835), August Pfizmaier (1808-1887) et Léon de Rosny.

Les premières éditions japonaises arrivent sous la forme de dons à la fin du Second Empire, alors que l’École des langues orientales était encore abritée par la Bibliothèque impériale ; ces documents ont conservé une reliure occidentale portant l’aigle napoléonienne. Parmi eux, on trouve même quelques documents présentés par le gouvernement japonais lors de l’Exposition universelle de 1867. Leur entrée se poursuit par l’intermédiaire des correspondants de l’ELOV au Japon : Albert Du Bousquet (1837-1882), interprète de la légation française puis conseiller étranger du gouvernement japonais, et Fukuchi Gen’ichiro (福地 源一郎, 1841-1906), intellectuel et secrétaire-interprète du gouvernement japonais. Quelques titres arrivent par le biais d’achats en salles de vente, dont un ouvrage rare acquis en 1892, [Divers écrits sur les Femmes] (繪本女雜書), manuel d’instruction pour jeunes filles édité en 1801 et illustré par Okada Gyokuzan (岡田 玉山, 1737-1808). Toutefois, les dons fournissent alors l’essentiel des acquisitions. La plupart furent offerts par le gouvernement japonais en 1884 et 1891.

  • 1 Christophe Marquet, Le livre japonais en France à l’aube du japonisme, dans la première moitié du XIXe siècle : marchands-diplomates, orientalistes et collectionneurs, 2021 (à paraître).
  • 2 Bénédicte Fabre-Muller, Léon de Rosny 1837-1914. De l’Orient à l’Amérique, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2019, p. 318.
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L’alimentation en documentation japonaise devient erratique entre la Première Guerre mondiale et les années 1950, probablement en raison des événements politiques qui ont alors cours en France et au Japon, mais aussi de l’absence de spécialiste à la bibliothèque et du faible nombre d’inscrits à l’ELOV. À partir de 1958, en revanche, le fonds est alimenté sans interruption et les achats ne cessent de croître jusqu’à se stabiliser dans les années 1990. En parallèle, les collections s’enrichissent à l’aide de dons réguliers de la part de la Maison de la noblesse du Japon 霞会館, de la Japan Library et de plusieurs universités japonaises, auxquels il faut ajouter les nombreux dons de particuliers.

En 2011, le fonds japonais de la BIULO rejoint les collections de la BULAC, tandis que l’EFEO y dépose plus de 1 000 ouvrages et 83 titres de revues japonaises en sciences humaines et sociales. De son côté, le CRJ confie à la BULAC plusieurs revues japonaises en sciences économiques, et l'UFR LCAO près de 200 ouvrages et 500 fascicules de revues sur la calligraphie japonaise.

Le fonds ancien

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Le prince Sadazumi se transforme en dragon (ryû) dans son rêve dans l’ouvrage Gahon Wa-Kan no homare.

Le prince Sadazumi se transforme en dragon (ryû) dans son rêve dans l’ouvrage Gahon Wa-Kan no homare. Source de l’illustration.

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Le domaine japonais de la BULAC est renommé pour son fonds ancien qui a fait l’objet en 2006 d’un catalogue détaillé, réalisé et édité par l’Institut national de littérature du Japon (国文学研究資料館) : Catalogue du fonds japonais de la bibliothèque des langues orientales de Paris, des origines à 1912. Il compte près de 1 700 titres de l’époque d’Edo (1600-1868) et de l’ère Meiji (1868-1910) et comprend des xylographies mokuhan 木版, des imprimés à caractères mobiles anciens (technique Chōsen kokatsuji 朝鮮古活字), des éditions imprimées selon les premières techniques occidentales employées au Japon à partir de 1861, ainsi que quelques dizaines de manuscrits.

Il couvre une grande variété de thématiques. Il comprend, en particulier, plusieurs traités de sciences naturelles et techniques, en particulier sur la botanique et la zoologie, comme par exemple le traité [Des baleines] (鯨志, 1794), réédition du premier ouvrage sur le sujet, rédigé en kanbun 漢文 et publié en 1760 à Osaka. Il compte également plusieurs descriptions et récits de voyages 名所圖會, dont une [Description du sanctuaire d’Ise] (伊勢參宮名所圖會) de 1797, des cartes géographiques et des documents historiques, comme l’ouvrage le plus ancien du fonds, une édition de 1605 en caractères mobiles anciens de l’Azuma Kagami (吾妻鏡), célèbre chronique du shogunat de Kamakura compilée au XIIIe siècle.

Aux documents en langue japonaise s’ajoutent de précieuses publications occidentales sur le Japon, produites entre le XVIe et le début du XVIIIe, dont la plus ancienne est le Rerum a Societate Jesu in Oriente gestarum (...) du père jésuite Acosta, édité en 1572. En 2011, le fonds ancien a pu s’agrandir de 170 volumes illustrés datant de l’époque Edô (1600-1868) grâce au don de la famille Bergère.

Plusieurs documents remarquables du fonds ancien japonais sont consultables en ligne sur la bibliothèque numérique de la BULAC (BiNA). On y trouve en particulier une sélection de manuscrits ainsi qu’un reportage illustré de la guerre sino-japonaise (1894-1895) sous forme d’estampes polychromes nishiki-e 錦絵.

Répartition thématique et spécificités éditoriales

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L’augmentation du nombre de publications et l’essor des études japonaises ont rapidement posé un défi aux bibliothèques japonisantes. De fait, l’édition japonaise est passée de 658 titres publiés en 1945 à plus de 75 000 nouveaux titres par an de nos jours, dont près de 30 000 en sciences humaines et sociales et 15 000 en littérature. Il convient également de noter, au sein de l’édition académique japonaise, l’importance de l’édition et de la réédition de collections thématiques d’ouvrages littéraires, linguistiques ou historiques tombés dans le domaine public. Ces collections, au tirage réduit, sont d’une grande valeur pour les bibliothèques d’études japonaises. En parallèle, à partir des années 1970, les études occidentales sur le Japon ont connu un essor continu, lié au développement des études japonaises et de l’enseignement du japonais, entraînant des besoins croissants en documentation. Au sein du partage documentaire qui s’est mis en place pour répondre à ce défi, la BULAC tient une place de référence dans les domaines de la littérature, de l’histoire et de la linguistique. Elle se distingue également par l’importance, au sein de ses collections, des sources primaires - anthologies, documents historiques, monographies régionales, œuvres complètes - acquises à travers l’achat de collections japonaises prisées.

Représentation d’une scène de confrontation entre Taira no Takatoki et Tengu (divinité de la montagne).

Représentation d’une scène de confrontation entre Taira no Takatoki et Tengu (divinité de la montagne). Source de l’illustration.

 

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La littérature est le point fort du fonds japonais, découlant à la fois de son importance dans la production éditoriale et dans l’enseignement du japonais. On y trouve en particulier des œuvres complètes, anthologies, recueils de commentaires, rééditions de périodiques littéraires et d'œuvres tombées dans le domaine public. Citons en exemple deux collections incontournables : [Traité de littérature classique, nouvelle édition (新日本古典文学大系 1989-2005), et une autre ; Traité de littérature classique, nouvelle édition (新編日本古典文学全集 1994-2002), et Traité de littérature japonaise (日本文学全集 2014-2020)].

L’histoire arrive en seconde position, avec une documentation riche en collections de documents primaires, notamment en histoire régionale, comme par exemple [L’Histoire de la préfecture de Tottori : nouvelle édition] (新鳥取県史, 2010-), ainsi qu’en histoire moderne et contemporaine, avec notamment [« Collection de l’histoire et de la culture » (歴史文化ライブラリー, 1996-), [« Documents historiques sur l’ère moderne de l’Empire du Japon »] (大日本近世史料, 2006-). L’époque plus ancienne relève davantage de la bibliothèque d’études japonaises du Collège de France, dont les collections se concentrent sur l’histoire, les religions et la littérature japonaises des périodes allant de l'Antiquité à la fin d'Edo.

La part importante de la linguistique trouve sa raison dans le lien historique entre le fonds et l’actuel Institut national des langues orientales. On y trouve aussi bien des ouvrages nécessaires à l’apprentissage du japonais que des études linguistiques poussées, incluant les dialectes, les langues Ryūkyū et l’aïnou. Dans ce domaine également la bibliothèque conserve des collections exceptionnelles, comme la [« Collection d’études sur langage »] (ひつじ研究叢書 : 言語編, 1993-) et la [« Collection d’études linguistiques et d’enseignement de la langue » (シリーズ言語学と言語教育, 2004-). Depuis peu, la BULAC développe ses acquisitions sur la langue des signes au Japon, comme en témoigne l’arrivée dans les collections de [Langue des signes, langage et communication] (手話・言語・コミュニケーション , 2014-).

En sciences sociales, la discipline dominante est l’ethnographie avec, par exemple, la collection des [« Œuvres complètes de Kunio Yanagita »] (柳田國男全集, 1997-), tandis que l’ethnologie relève des bibliothèques de l’EFEO et du Centre d’études sur les religions et traditions populaires du Japon (CERTPJ). Les autres disciplines sont moins représentées, du moins en langue japonaise, car ces champs sont la spécialité des bibliothèques du Centre de recherches sur le Japon de l’EHESS (économie, sociologie, sciences politiques) et de l’UFR LCAO de l’Université de Paris (éducation, environnement). Les études occidentales dans ces domaines sont toutefois acquises afin de répondre aux besoins de l’enseignement et de la recherche.

 

Visuel
Représentation d’une scène théâtrale avec des masques de divinités (kamigami) dans l’ouvrage Seikyoku ruisan.

Représentation d’une scène théâtrale avec des masques de divinités (kamigami) dans l’ouvrage Seikyoku ruisan. Source de l’illustration.

Les arts et l’histoire de l’art, disciplines hors de la politique documentaire de la BULAC, sont peu présents, en dehors de la documentation de référence. Ils sont pris en charge par la bibliothèque du musée national des arts asiatiques - Guimet, la bibliothèque d’études japonaises du Collège de France, spécialisée sur l’art bouddhique et celle de l’EFEO, notamment pour l’archéologie. De même, les sciences religieuses, qui ne relèvent pas de la politique documentaire du fonds japonais de la BULAC, sont du ressort de la bibliothèque d’études japonaises du Collège de France (bouddhisme), du CERTPJ (religions populaires) et de l’EFEO.

La philosophie est toutefois bien représentée à la BULAC, qui conserve les auteurs majeurs de l’époque d’Edo et plusieurs collections de référence, comme le [« Compendium de la pensée japonaise »] (日本思想大系, 1970-1982) et les [« Œuvres complètes de Nishida Kitaro » : nouvelle édition] (西田幾多郎全集 (2002-2009)]. L’acquisition régulière d’oeuvres complètes ou choisies de philosophes contemporains se poursuit encore aujourd’hui (« Collection des textes de Ueda Shizuteru », 上田閑照集 (2001-2003), « Traité de philosophie japonaise contemporaine » 現代日本思想大系 (1963-1968)).

Axes de développement actuels du fonds

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Les acquisitions imprimées continuent de s’inscrire dans les orientations historiques de la politique documentaire, qui répondent aux champs de recherche traditionnels des études japonaises en littérature, histoire et linguistique. Les collections de référence continuent d’être régulièrement acquises dans ces domaines, dans le cadre d’un partage documentaire resserré avec la bibliothèque d’études japonaises du Collège de France en ce qui concerne l’histoire et la littérature. Depuis quelques années toutefois, une attention plus fine est portée aux besoins documentaires des étudiants. Un effort important est mené en faveur de l’acquisition systématique d’ouvrages de référence, synthèses, manuels, dictionnaires et traductions indispensables aux années de licence et à la préparation du Japanese-Language Proficiency Test (JLPT), et les titres figurant aux programme d’agrégation et de CAPES sont régulièrement achetés. D’autre part, les achats pour le domaine japonais tentent d’épouser les évolutions de la recherche française. En particulier, la part des études occidentales au sein des achats augmente progressivement en réponse aux suggestions des chercheurs. Parallèlement, de nouveaux champs d’étude apparaissent au sein des collections : études de genre, histoire du droit, histoire de la pensée, mémoire et représentation de l’histoire, ou encore l’empire colonial japonais et son impact socio-économique et culturel en Asie. On voit également se développer des approches plus « régionales » et transdisciplinaires qui replacent l’étude du Japon dans un contexte géographique, historique et culturel plus large, témoignage du décloisonnement progressif des études aréales.

Parallèlement, la BULAC investit depuis son ouverture dans les ressources électroniques japonaises, de plus en plus indispensables pour la recherche. La base de données Japan Knowledge permet de consulter des dictionnaires, des encyclopédies comme le Shinpen Kokka Taikan (新編国歌大観), des collections d'œuvres classiques comme le Gunsho ruijû (群書類従), ou encore des bases biographiques, comme le Jinbutsu sôsho (人物叢書), etc. En termes de presse, la base Asahi kikuzo II permet de faire des recherches dans le quotidien Asahi Shimbun (朝日新聞) et les hebdomadaires Aera (アエラ) et Shûkan Asahi (週刊朝日), et le portail Pressreader, au quotidien Mainichi Shimbun (毎日新聞). Ces ressources sont complétées par une quinzaine de revues chinoises et taïwanaises spécialisées sur le Japon, les livres électroniques édités par Brill, ainsi que divers articles et revues en langues occidentales disponibles depuis le portail des ressources en ligne de la BULAC.

Consultez également les ressources sélectionnées par le chargé de collections du domaine japonais.

Soline Lau-Suchet
Responsable adjointe du pôle développement des collections et chef de l'équipe Asie. Chargée de collections pour le domaine taïwanais et le fonds chinois ancien.
soline.lau-suchet@bulac.fr