Publié : 27.07.2021, mis à jour: 03.01.2022 à 18:12

Domaine mongol

Le domaine mongol constitue un des axes de développement de la bibliothèque. Les langues mongoles sont parlées par environ 10 millions de locuteurs répartis principalement entre la République de Mongolie (2,9 millions), la Chine (de 3,5 à 5,9 millions) et la Russie (350 000 Bouriates, 150 000 Kalmouks). La République de Mongolie est le seul État de langue officielle mongole.

Présentation générale

En raison de l’étendue géographique du peuplement mongol et de l’influence historique de l’empire mongol au-delà de l’actuelle Mongolie, les ouvrages concernant la civilisation mongole se trouvent répartis dans plusieurs domaines. Le domaine mongol à proprement parler compte un peu plus de 2 000 volumes. Mais pour appréhender dans leur ensemble les études mongoles à la BULAC, il faut y ajouter près de 1 600 documents en langues très diverses, acquis dans le cadre du développement de collections liées aux études russes, chinoises, persanes, turques et centrasiatiques. Ces collections proviennent à 60% du fonds de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), auquel s’ajoutent les dons ou dépôts de la Bibliothèque de l’Institut d’études slaves, des bibliothèques Jean-Deny de l’Institut d’études turques et James-Darmesteter de l’Institut d'études iraniennes auprès de l’université Sorbonne Nouvelle, et de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO). Une soixantaine de revues vient compléter ce corpus.

Les langues et écritures mongoles

Texte

Les langues mongoles sont parlées par environ 6 millions de locuteurs, répartis entre la République de  Mongolie (3,1 millions), la région de Mongolie intérieure en République populaire de Chine (4 millions) et la fédération de Russie (350 000 Bouriates, 150 000 Kalmouks). La République de Mongolie est le seul État dont le mongol soit la langue officielle.

Le mongol fondé sur le dialecte Xalx (Khalka), langue maternelle de 78% des Mongols, est la langue officielle de la République de Mongolie, bien que d’autres dialectes mongols y soient également parlés, comme l’oïrate et le bouriate. Les langues mongoles de Chine offrent une grande variété de dialectes et de parlers, dont un groupe central proche du Xalx représenté par les Caqar (Tchakars), et un groupe méridional, par les Ordos. On trouve aussi des groupes Oirad (Oïrates) dans les régions occidentales de la Chine (Xinjiang). La fédération de Russie abrite notamment les Buriad (Bouriates), également présents dans l’extrême nord de la Mongolie intérieure et dans le nord-est de la République de Mongolie et les Kalmuk (Kalmouks), qui peuplent principalement la Kalmoukie, au nord de la Mer Caspienne. C’est principalement le dialecte Xalx (Khalkha), qui est enseigné à l’Institut national des langues orientales (Inalco), seul établissement dispensant cet enseignement en France.

À la BULAC, les ouvrages relatifs aux Kalmouks et aux Bouriates sont répartis entre le fonds mongol et le fonds russe, tandis que les ouvrages portant sur les langues et populations mongoles de Chine sont classés dans le domaine chinois, au même titre que les documents sur la dynastie mongole des Yuan (1271-1368).  

 

Couverture du livre Аянгат УдГүн Утаа Улаач, Монгол Хатдын онгон түүхийн гялбаа, 2018. Collections de la BULAC.

Couverture du livre Аянгат УдГүн Утаа Улаач, Монгол Хатдын онгон түүхийн гялбаа, 2018. Collections de la BULAC.

Les langues mongoles ont connu plusieurs graphies à travers les âges. Désireux d’adopter un système d’écriture national, Gengis Khan (mort en 1227) adopta l’alphabet ouïghour-mongol, emprunté auprès des Ouighours de Turfan, et appelé mongol bičig en Mongolie.

Une écriture dérivée, le Todo bičig (écriture claire), fut inventée par le moine oirat Dalaï ZAya Pandita Oktorguin (1599-1662), pour écrire l’Oirate littéraire. Son objectif était de clarifier l’écriture mongole traditionnelle, avec une notation particulière des sons de la langue orale (et notamment des voyelles), afin de pallier les difficultés du mongol bičig et de permettre une meilleure notation du sanskrit et du tibétain. Au XIIIe siècle l’empereur Kubilai Khan (1215-1294) demanda à un moine tibétain de créer un nouvel alphabet, utilisable  par les principales langues de l’empire. L’alphabet Phags Pa, du nom de son inventeur, est dérivé de l’alphabet  tibétain, et devait servir à transcrire le mongol, le tibétain et le chinois. Il fut utilisé sur des documents officiels, des billets de banque et des monuments, mais tomba en désuétude dès la fin de la dynastie mongole de Chine, en 1368.

L’écriture latine fut utilisée pendant quelques années, au début du XXe siècle, afin de démarquer la jeune République de Mongolie de la Chine. Elle fut rapidement abandonnée au profit de l’alphabet cyrillique, en raison des liens particuliers unissant la République de Mongolie et la Russie soviétique. De nos jours, le cyrillique est l'écriture principale de la Mongolie, même si le mongol bičig est connu de nombreuses personnes. Ce dernier est surtout en usage en Mongolie intérieure (Chine).

Les documents en langues mongoles conservés à la BULAC sont majoritairement rédigés en cyrillique mongol, bien que la bibliothèque conserve un petit corpus en bičig.

Histoire du fonds

Texte

En raison de l’importance des Mongols dans l’histoire de l’Asie, l’intérêt français pour leurs langues et leur histoire est bien antérieur à l'institutionnalisation des études mongoles à la fin des années 1960. Au total, la BULAC conserve plus d’un millier d’études, principalement historiques et linguistiques, éditées avant 1970. L’ancien fonds compte quelques titres du XVIIIe siècle, dont  l’Histoire générale des Huns, des Turcs, des Mogols, et des autres Tartares occidentaux publiée par l’orientaliste Joseph de Guignes (1721-1800) en 1756. Les collections anciennes comprennent également une soixantaine d’ouvrages érudits du XIXe. On y trouve des ouvrages d’histoire, comme les Conquêtes en Asie par les Mogols et les Tartares sous Gengiskan et Tamerlan (E. Chavannes, 1876), l’Introduction à l'histoire de l'Asie : Turcs et Mongols, des origines à 1405(L. Cahun, 1896), ou l’Histoire des Mongols : depuis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour-Lanc (Baron d’Ohsson, 1824), mais aussi d’anciennes études dialectales, comme par exemple les ouvrages sur les dialectes mongols de l’Ouest de Heinrich August Zwick, missionnaire et pionnier des études mongoles. 

Un premier cours de « langues tartares » (mandchou et mongol) est ouvert à l’École des langues orientales entre 1875 et 1878, sous la direction de Louis Rochet (1813-1878). Louis Hambis (1906-1978), professeur au Collège de France de 1965 à 1977, donne quelques « conférences » dans les années 1940. Mais c’est avec Roberte Hamayon (1939-) et Françoise Aubin (1932-2017), à partir de 1967, que la discipline connaît un développement significatif, à la suite de la reconnaissance de la Mongolie par la France en 1965. 

À partir de cette date, la BIULO se dote de grammaires, manuels et d’ouvrages historiques ou littéraires pour accompagner l’enseignement du mongol à l’Inalco. En 1969 est fondé le centre d’études mongoles et sibériennes (CEMS) au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative de Paris-X, avec la collaboration des étudiants de l’Inalco. L’année suivante voit la création de la revue Études mongoles et d’un autre fonds documentaire spécialisé avec la bibliothèque du CEMS. A l’époque, les acquisitions de la BIULO se font principalement par le biais des enseignants, mais une nouvelle impulsion au développement du fonds est donnée à partir de 2009, dans la perspective du projet d’ouverture de la BULAC. 

 

https://catalogue.bulac.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=463867

Frontispice de l'ouvrage Histoire générale des Huns, des Turcs, des Mogols, et des autres Tartares occidentaux (...), 1758. Source de l'illustration.

Couverture du premier numéro de la revue Études mongoles. Collections de la BULAC.

Couverture du premier numéro de la revue Études mongoles. Collections de la BULAC.

Profil des collections

Texte

Le domaine mongol se caractérise par une grande diversité linguistique et géographique. Près de 1 000 titres en langues mongoles (principalement khalka, bouriate et kalmouk) côtoient des études en russe, anglais, français, chinois, persan, turc, allemand, tibétain, japonais et coréen. Il s’agit majoritairement d’éditions mongoles (28%), russes (24%), européennes (23%), françaises (14%) et chinoises (7%). Les éditions en langues mongoles proviennent principalement d’Oulan Bator pour la République de Mongolie, de Pékin et de de Hohhot pour la Chine, de Moscou et de Oulan-Oudé pour la Russie.

Sur le plan disciplinaire, les ouvrages sur l’histoire et les langues mongoles dominent largement, reflet de l’histoire des études mongoles. Les collections d’histoire font en particulier ressortir la figure de Gengis Khan, l’histoire de l’empire mongol et son influence au-delà des frontières de la Mongolie, notamment en Chine, Asie centrale et Asie mineure.

Texte

Les collections linguistiques se partagent entre outils d’apprentissage (dictionnaires, grammaires, manuels) et études linguistiques et couvrent principalement les dialectes khalkha, bouriate et kalmouk. On y trouve également nombre d’études sur l’ensemble des langues mongoles et leur influence sur les autres familles de langue. 

La littérature et les études littéraires arrivent en troisième position et mettent en valeur les épopées, les contes, la poésie et les traditions orales des peuples mongols. La BULAC conserve notamment les 108 volumes de l’anthologie de littérature mongole publiée dans les années 2000, Mongol uran zohjolyn deežis-108, regroupant romans et recueils de textes classiques, poésie, romans pastoraux, nouvelles et poésies. Les sciences sociales sont dominées par l’anthropologie, et les études religieuses par le bouddhisme, en raison de la conversion de la Mongolie au bouddhisme tibétain (lamaïsme) au XVIe siècle. Les autres disciplines (philosophie, sciences, art et artisanats) sont très en retrait.

Visuel
Légende : Монгол уран зохиолын дээжис,  Улаанбаатар, "Монгол Уран Зохиол" Хэвлэлийн Газар, 2002-2008, 108 vol.

Couvertures de Монгол уран зохиолын дээжис,  Улаанбаатар, "Монгол Уран Зохиол" Хэвлэлийн Газар, 2002-2008, 108 vol.

Développements récents

https://catalogue.bulac.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=1112216

Couverture de l'ouvrage Le corps mongol : techniques et conceptions nomades du corps, de Gaëlle Lacaze, 2012. Source de l'illustration

La fin du régime soviétique et l’ouverture de la Chine ont permis la réouverture des pays concernés à la recherche de terrain et dans les archives, conduisant à l’essor des études mongoles. Depuis, la France est devenue l’un des principaux pôles de l’anthropologie sur la Mongolie, même si l’histoire, la sociologie, les sciences politiques, le droit, l’archéologie et l’histoire de l’art font également l’objet de recherches, mais plus isolées. Les domaines autrefois dominants, tels que l’histoire médiévale, la philologie ou la littérature sont aujourd’hui moins représentés. Depuis les années 2010, la BULAC accompagne ces évolutions en élargissant les disciplines historiquement couvertes (histoire, linguistique, littérature) aux nouveaux champs de la recherche française, l’anthropologie notamment. À côté des achats, le domaine s’alimente également grâce aux dons : outre les dons du gouvernement mongol, la bibliothèque reçoit des dons de chercheurs et d’institutions. Ainsi, l’École française d’Extrème-Orient (EFEO) a donné en 2014 à la BULAC une trentaine d’ouvrages publiés en Mongolie intérieure (Chine) dans les années 1980.

Consultez également les ressources sélectionnées par le chargé de collections du domaine mongol.

Soline Lau-Suchet
Responsable adjointe du pôle Développement des collections et chef de l'équipe Asie. Chargée de collections pour le domaine taïwanais et le fonds chinois ancien.
soline.lau-suchet@bulac.fr