Guerres et récits de l’effondrement civilisationnel
Le programme DÉCRIPT (Dispositif d’Étude des Crises et des Récits civilisationnels par la Pluridisciplinarité et les Terrains), porté par l’Inalco avec un consortium de quinze partenaires et financé par l’ANR dans le cadre de France 2030, ambitionne d’éclairer ces enjeux en croisant études aréales et études globales. Mobilisant les sciences humaines, les sciences sociales et l’analyse de données, DÉCRIPT produit des recherches originales et ancrées empiriquement. Il vise à éclairer l'action publique et à diffuser largement ses résultats afin de contribuer à une compréhension critique des interactions entre récits civilisationnels et crises contemporaines.
Le cycle de quatre rencontres annuelles « Monde en crises, civilisations en récits » vise à partager la recherche en train de se faire du programme, et s’adresse à tous les publics. Il est porté par la Bpi, la BULAC et l’Inalco.
Bataille de Vâliyân (1221), Sayf al-Vâhidî, Hérât, Afghanistan, 1430. Source : Bibliothèque nationale de France, Département des Manuscrits, Division orientale, Supplément persan 1113, fol. 72v.
Les conflits génèrent ou actualisent des grilles de lecture « civilisationnelles » qui participent à une polarisation des sociétés et s'avèrent d’autant plus dangereuses qu’elles sont intuitives et tendent à s’institutionnaliser lorsque les situations de violence politique se prolongent. Cette table ronde interroge les processus de mise en sens à l'œuvre dans ces moments de crise, en particulier l'essentialisation des antagonismes autour de saillances identitaires, culturelles ou religieuses. Le prisme civilisationnel façonne ainsi la manière dont on dit, explique et régule les conflits, y compris depuis l'extérieur, en alimentant la construction de figures d'altérité radicale et de déshumanisation de l'adversaire. De ce point de vue, la thèse du « Choc des civilisations », plus qu'un éclairage sur les conflits actuels, participe des mises en récit des protagonistes eux-mêmes, ce qui nous interroge sur les conditions intellectuelles, sociales et politiques qui ont favorisé son succès politique, ainsi que ses effets performatifs.
Les participants exploreront également les dynamiques paradoxales qui s’installent en contexte de guerres, où la violence et la destruction contredisent les arguments de hiérarchisation civilisationnelle qui accompagnent ou justifient les pratiques des belligérants. À partir de terrains et cas variés – par exemple l'Ukraine, la Syrie, l'Afghanistan ou l’Iran –, cette discussion interdisciplinaire (histoire, sociologie, science politique) questionnera ainsi la fabrique collective des récits de violence et leurs implications pour la compréhension des dynamiques conflictuelles contemporaines.
Avec :
- Gilles Dorronsoro, professeur de science politique (université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne) et membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP, UMR 8209)
- Muriel Domenach, haute fonctionnaire et ancienne ambassadrice auprès de l'OTAN (2019-2024)
- Ioulia Podoroga, maître de conférence à l'Inalco (CREE)
- Sanjay Subrahmanyam, historien et professeur (UCLA)
Rencontre modérée par Mélanie Chalandon, rédactrice en chef et présentatrice de l'émission Cultures Monde (France Culture)