La vie en Inde au fil de l'eau
En Inde, l’eau n’est pas seulement une ressource importante pour la subsistance, elle a aussi une signification spirituelle et religieuse cruciale. En tant que principal moyen de purification, l’eau joue un rôle essentiel dans la quête de « Mokṣa » (libération). Les espaces liés à l’eau reflètent cette multidimensionnalité : ce sont des espaces de convivialité pour les femmes, des environnements vivants et dynamiques et des toiles de fond pour une architecture raffinée.
Cette exposition, mêlant photographies et collections de la BULAC, donne à voir cette multitude d’usages d’une ressource sous tension.
© Somya Parikh
Commissariat
Sara Keller, chercheuse et enseignante en histoire, architecture et urbanités indiennes (KFG "Religion and Urbanity: Reciprocal Formations" FOR 2779, Centre Max Weber, Université d'Erfurt)
Photographes
- Manali Bhadra
- Krutarth Bhatt
- Gaytri Chandramouleeswaran
- Christian Cravo
- Martin Fuchs
- Olivier Gaudron
- Chinch Gryniewicz
- Sara Keller
- Sujit Kumar Mandal
- Antje Linkenbach
- Somya Parikh
- Pooja Patil
- Kaveer Rai
- Ashok Saravanan
- Prakhar Vidyarthi
Écoutez les photographes évoquer le contexte de leurs prises de vue. Une plongée dans leurs univers esthétiques.
Appuyée sur une galerie de 26 photographies réalisées par des artistes et chercheurs, cette exposition vous invite à remonter le cours de toutes les formes de l’eau, dans la diversité de ses usages comme de ses significations.
La plus précieuse des ressources naturelles et élément au cœur de la vie quotidienne des populations, l'eau occupe également une place éminente dans les pratiques spirituelles, transcendant bien souvent les distinctions religieuses. Du fait de l’importance tant pratique que symbolique de l’eau, l’exposition engage une réflexion sur les multiples menaces qui pèsent sur cette source de vie et de culture.
À l’heure de défis démographiques et climatiques majeurs, la gestion, le partage et la sauvegarde de cette ressource cruciale représentent autant d’enjeux primordiaux pour les populations du sous-continent indien comme du reste du monde, bien au-delà des divisions politiques ou confessionnelles.
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
L’exposition de photographies a été financée par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (Fondation allemande pour la recherche) dans le cadre du séminaire international « Accessing Water in the South Asian City » organisé par le groupe de recherche « Religion and Urbanity: Reciprocal Formations » (FOR 2779). Elle a été présentée à l'Augustinerkloster d’Erfurt en juillet et août 2021, ainsi qu'à Bhopal en Inde en janvier 2024.
Avec la participation de l'équipe Asie de la BULAC
- Cécile Quach, responsable adjointe du pôle Développement des collections, chef de l'équipe Asie
- Bédar Abbas, chargé de collections pour les domaines ourdou, penjabi et pachto
- Sonaj Kailas, chargé de traitement documentaire pour les collections sud-asiatiques
- Pema Payang Gurutsang, chargée de traitement documentaire pour les fonds sud-asiatiques
- Smith Yves Aseervatham, chargé de collections pour le domaine tamoul et langues dravidiennes
Environnement
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
Que ce soit en termes de sécurité climatique ou d’approvisionnement en eau, le régime de mousson représente à la fois une bénédiction et un défi que les sociétés passées ont relevé grâce à des systèmes ingénieux. Largement mis à mal à l’ère industrielle et post-industrielle, ces dispositifs traditionnels, indissociables d’un rapport religieux et philosophique à l’eau, pourraient pourtant constituer une solution moins coûteuse et plus respectueuse de l’environnement, à l’heure où les ressources sont en voie d’épuisement et face aux difficultés rencontrées par le gouvernement et les États indiens dans leur gestion.
Subsistance
Dès l’Antiquité, les infrastructures de gestion de l’eau, notamment les systèmes d’irrigation, ont permis de l’acheminer vers des territoires marginaux, ce qui permit leur désenclavement et réduisit leur niveau de pauvreté.
L’accès à l’eau dépend bien souvent de facteurs sociaux et politiques. Le système de castes a ainsi privé les Dalits, intouchables et hors-castes, de l’accès aux ressources en eau ; un phénomène représentatif du lien profond entre l’eau, le pouvoir et la hiérarchie sociale dans les sociétés indiennes. Le partage des eaux entre États indiens et nations d’Asie du Sud est par ailleurs parfois utilisé comme un levier politique et peut donc être source de tension, comme c’est la cas de la Kaveri, un fleuve important de l’Inde du Sud qui traverse le Tamil Nadu et le Karnataka.
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
Architecture
En Asie du Sud, le patrimoine architectural lié à la gestion de l’eau repose sur la nécessité pratique et impérieuse de son accès, ainsi que sur un système politico-religieux qui encourageait, aux époques préindustrielles, la fondation de structures hydrauliques à caractère sacré, expliquant le soin particulier apporté à l’esthétique des monuments aquifères. Ainsi, il arrive que les bassins rituels dépassent en magnificence les temples auxquels ils sont attenants. Il en va de même pour l’architecture laïque, à l’instar des jardins d’agrément moghols, représentatifs de la culture composite liant les mondes persan et indien. Ces jardins mettaient en scène l’eau, pourtant rare et difficile d’accès, sous la forme de canaux et de cascades merveilleuses.
La période médiévale fut très prolifique en termes d’architecture hydraulique, laissant de nombreux vestiges tels que des lacs artificiels, des canaux d’irrigation, des bassins rituels (kuṇḍas) et des puits à degrés. Les réservoirs formaient un élément clé des systèmes hydrauliques, agissant à la fois comme source d’eau domestique et agricole, comme espace de sociabilité, comme alimentation des nappes phréatiques, et enfin comme hôte d’espaces verts et naturels régénérants.
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC). Aperçu des photographies de Somya Parikh et Martin Fuchs.
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
Féminité
Sources de vie, puissantes et essentielles, l’eau et les femmes sont profondément associées. Dans la mythologie indienne, les contes populaires et les rituels, les figures féminines sont souvent symbolisées par l’élément aquatique. La plupart des fleuves, comme le Gange, la Yamuna, la Kaveri ou la Godavari sont vénérés sous les traits de déesses maternelles. Au-delà de leur caractère sacré, ces fleuves incarnent des valeurs féminines telles la force de tempérament et la compassion.
Prolongeant cette relation dans les zones rurales, les femmes ont l’insigne responsabilité de gérer et de réapprovisionner les sources d’eau : une tâche qui façonne leur santé, leur temps et leurs opportunités. Témoignant encore de ce rôle aujourd’hui, de nombreuses femmes se trouvent à la tête de mouvements populaires en faveur de l’accès à l’eau. L’eau n’est pas une entité abstraite, pas plus que la féminité : toutes deux sont vécues, incarnées et puissantes, irriguant tous les aspects de la vie.
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC). Aperçu des œuvres de Kaveer Rai et Pooja Patil.
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
Rituels
En Inde et dans tout le sous-continent, l’eau est plus qu’une ressource naturelle. Il s’agit d’une part vivante de la culture, qui imprègne les rituels, les mythes et la vie quotidienne, tout en symbolisant la pureté, le changement, la libération et la bénédiction divine. À l’occasion du festival hindou du Kumbha Mela ou dans la vie de tous les jours, les fidèles réalisent des ablutions rituelles dans des fleuves sacrés comme le Gange, la Yamuna ou la Godavari, tout en chantant des mantras védiques. Ces eaux sont révérées comme l’incarnation de déesses, dotées du pouvoir de purifier et d’accompagner les âmes vers leur libération.
Les temples, ghāts, citernes et étangs construits à proximité de sources d’eau ne constituent pas de simples éléments d’architecture : ce sont des espaces où se rencontrent les mondes matériel et spirituel, où l’eau devient instrument de prière. Indépendamment de la diversité des pratiques spirituelles d’une région à l’autre, chacune d’elles apporte sa propre perspective sur l’eau, passerelle entre le visible et l’invisible. Cette vénération de l’eau, véritable fil conducteur culturel et spirituel entre diverses ethnies et religions, constitue un remarquable marqueur d’unité pour tout le sous-continent indien, liant tout un chacun à la nature, au divin et, surtout, aux autres.
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC).
Exposition La vie en Inde au fil de l'eau (Maxime Ruscio / BULAC). Aperçu des photographies d'Ashok Saravanan et Krutarth Bhatt.
L'eau, miroir de l'Inde
L'eau en Inde revêt de multiples significations. À la source de toute vie mais aussi de conflits et d'inégalités, elle interroge concepts environnementaux et religieux. En écho à l'exposition La vie en Inde au fil de l'eau, du 18 août au 11 octobre 2025 au rez-de-jardin de la bibliothèque, cette sélection bibliographique explore l'eau en tant que révélateur de problématiques historiques et actuelles en Asie du Sud.
La sélection d'ouvrages ci-dessous est à retrouver à l'entrée de la bibliothèque jusqu'au 30 août 2025.
Avala nilaiyil Tamiḻaka āṟukaḷ
A world of water
Brahmapoutre
Access to Water in Urban Areas
Bénarès, musiques du Gange
[Mémoires de la Compagnie des Indes]
Deterioration of the informal tank institution in Tamil Nadu
Construire les savoirs dans l'action
Nos intervenants
Formée en histoire, théorie de l’architecture et valorisation du patrimoine (doctorat obtenu à l’université Paris-Sorbonne et l’université Otto-Friedrich de Bamberg en Allemagne en 2009), Sara Keller travaille actuellement en tant que chercheuse et enseignante au Centre Max Weber de l’université d’Erfurt en Allemagne, au sein du groupe de recherche « Urbanité et Religion : Formations réciproques ». Suite à sa thèse, elle a enseigné à l’université du Maharaja Sayajirao de Baroda en Inde, a été chercheuse résidente à l’Institut d’études avancées de Nantes en 2015-16, et a été professeur d’art et d’archéologie islamique à l’Institut d’études orientales de l’université de Bamberg en Allemagne en 2022-23. Elle est par ailleurs chercheuse associée au laboratoire « Orient et Méditerranée » (UMR 8167) depuis 2010 et membre de la société Koldewey des professionnels de l’étude et de la valorisation du patrimoine bâti en Allemagne depuis 2024.
Chargé de collections pour les domaines ourdou, penjabi et pashto
Chargé de collections pour le domaine tamoul et langues dravidiennes
Chargé de traitement documentaire pour les collections sud-asiatiques
Chargée de collections pour le domaine tibétain
Responsable adjointe du pôle Développement des collections, chef de l'équipe Asie de 2024 à 2025
Photographe
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