L'eau en Inde, une ressource précieuse sous tension
En écho à l'exposition La vie en Inde au fil de l'eau présentée au rez-de-jardin de la bibliothèque du 18 août au 11 octobre, Sara Keller, chercheuse et enseignante en histoire, architecture et urbanités indiennes au Centre Max Weber de l’université d’Erfurt, et Annie Montaut, professeur émérite de hindi et linguistique à l'Inalco, membre du Centre d'études sud-asiatiques et himalayennes (EHESS-CNRS), aborderont la symbolique de l'eau en Inde ainsi que les problématiques liées à sa raréfaction et son accessibilité. La rencontre sera précédée d'une visite guidée de l'exposition.
Jean-Michel Mouton et Nicolas Grimal (dir.), La gestion de l'eau dans les civilisations de l'Asie : actes de colloque, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Leuven, Diffusion Peeters, 2025. Collections de la BULAC, BULAC MON 8 78524.
17h30 : visite et présentation de l'exposition par la commissaire Sara Keller
Sara Keller, commissaire de l'exposition La vie en Inde au fil de l'eau, présentera la sélection de photographies en rez-de-jardin.
Point de rendez-vous pour la visite guidée : hall du Pôle des langues et civilisations, à 17h30.
18h30 : table ronde avec Sara Keller et Annie Montaut
Sara Keller et Annie Montaut échangeront autour de leurs travaux. Respectivement auteurs des ouvrages récemment parus Accessing water in the South Asian City (Primus Books) et Trois mille ans d'écologie indienne (Le Seuil), toutes deux spécialistes des questions environnementales en Asie du Sud, elles évoqueront l'eau sous son aspect symbolique et religieux, d'un point historique et anthropologique, sans oublier les problématiques écologiques plus contemporaines liées à cette ressource sous tension.
Un livre, des collections
Sara Keller, Accessing water in the South Asian City
L'eau est un élément essentiel de la vie urbaine en Asie du Sud, se matérialisant à travers des paysages hydrauliques et des pratiques remarquables. En examinant un vaste domaine géographique et historique, l'ouvrage Accessing Water in the South Asian City aborde le rôle joué par les constructions socio-religieuses urbaines dans le façonnage de paysages hydrauliques exceptionnels, complexes et parfois problématiques.
Outre l'examen de la question des ressources et de l'accès à l'eau, cet ouvrage se concentre sur les forces qui convergent pour faciliter ou entraver l'accès à l'eau en milieu urbain, dans le passé comme dans le présent. L'eau est une affaire politique non seulement parce qu'elle est liée au pouvoir et à la politique, mais aussi parce qu'elle est une affaire essentielle de la « polis », la communauté urbaine. Les espaces aquatiques anthropisés offrent une opportunité exceptionnelle aux citadins d'interagir avec la nature et leurs concitoyens, et d'inventer une urbanité inspirante.
Annie Montaut, Trois mille ans d'écologie indienne : penser autrement la nature
Depuis ses lointaines origines, la civilisation indienne n’a cessé de nouer l’idée de l’humain avec celle de l’ordre cosmique et de ses composants que sont l’eau, la forêt, la terre et le feu. La pensée et les luttes écologiques de l’Inde contemporaine, qui forment l’objet essentiel de cet ouvrage, prolongent ainsi les spéculations anciennes sur l’indissociabilité de la nature et de la culture.
Fruit d’une expérience plurimillénaire, les pratiques agroécologiques actuelles sont attentives à l’interaction des acteurs et du milieu spécifique dans lequel ils œuvrent : on ne s’occupe pas d’un élément, que ce soit l’eau, les plantes ou la terre, sans s’occuper en même temps de l’usage qui en est fait, et de la juste rétribution, morale et matérielle, de ceux qui en prennent soin.
Ces pratiques consolident le lien des humains avec l’environnement : ce lien d’amitié, et non de prédation, met en lumière les valeurs associées au féminin et le rôle des femmes travaillant aux marges de la société aisée. Les leçons à tirer de cette « écologie des pauvres » n’intéressent pas que l’Inde, mais tous les pays aujourd’hui confrontés à la dégradation de leurs milieux vitaux.
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Pour aller plus loin
Nos intervenants
Formée en histoire, théorie de l’architecture et valorisation du patrimoine (doctorat obtenu à l’université Paris-Sorbonne et l’université Otto-Friedrich de Bamberg en Allemagne en 2009), Sara Keller travaille actuellement en tant que chercheuse et enseignante au Centre Max Weber de l’université d’Erfurt en Allemagne, au sein du groupe de recherche « Urbanité et Religion : Formations réciproques ». Suite à sa thèse, elle a enseigné à l’université du Maharaja Sayajirao de Baroda en Inde, a été chercheuse résidente à l’Institut d’études avancées de Nantes en 2015-16, et a été professeur d’art et d’archéologie islamique à l’Institut d’études orientales de l’université de Bamberg en Allemagne en 2022-23. Elle est par ailleurs chercheuse associée au laboratoire « Orient et Méditerranée » (UMR 8167) depuis 2010 et membre de la société Koldewey des professionnels de l’étude et de la valorisation du patrimoine bâti en Allemagne depuis 2024.
Professeur émérite d’hindi et linguistique à l’Inalco, membre du Centre d'études sud-asiatiques et himalayennes (EHESS-CNRS) et auteure de nombreux ouvrages et articles portant sur la linguistique et la culture moderne indiennes, dont Le Hindi, grammaire linguistique, (Société de Linguistique de Paris, Peeters) et L’Esprit de la nature : Raza (L’Asiathèque). Egalement traductrice d'une trentaine d’œuvres indiennes, dont Hind Swaraj. L’émancipation à l’indienne de Gandhi (Fayard) et Ret samadhi de Geetanjali Shree (Éditions des Femmes), roman lauréat en 2022 de l’International Booker Prize.