À Alexandrie, en 1910, un habitant sur huit est né à l’étranger. Au Caire, en 1927, un cinquième de sa population appartient à des communautés étrangères. Déambulant dans la rue Chérif pacha à Alexandrie, on s’imagine volontiers se promenant dans la Via Roma de Gênes ou la rue Toledo à Naples, comme l’affirmait dans ses mémoires Martin Briggs, architecte et historien au service de l’armée britannique d’Égypte et de la Palestine lors de la Première Guerre mondiale.
En 1902, le collège Victoria est inauguré. Cette école britannique privée est un véritable creuset où se façonne la mentalité « cosmopolite » et coloniale. Parmi ses 196 élèves, 90 étaient de confession chrétienne, 67 de religion juive et 19 musulmans. Les nationalités représentées sont : les Égyptiens, les Anglais, les Arméniens, les Belges, les Hollandais, les Français, les Grecs, les Italiens, les Maltais, les Espagnols, les Suisses, les Syriens et les Turcs.
Ces élites disposaient de lieux de sociabilité favoris. Dès sa fondation en 1890, le Alexandria Sporting Club, un club britannique tourné vers des activités sportives et sociales, est fréquenté par les notables des différentes communautés de la ville, des Grecs, des Italiens, des Levantins juifs et chrétiens. Rue Rosette (rebaptisé en avenue Fouad Ier), le Club Mohammed Ali était le quartier général des banquiers, des marchands négociants du coton, des rentiers. C’est là aussi que Cavafy rencontra pour la première fois E. M. Forster. Au Caire, Edward Saïd, l’écrivain américano-palestinien qui partagea son enfance entre la capitale égyptienne et Jérusalem, se rappelle que le club Taoufikiya était prisé par un mélange de Grecs, Français, Italiens, Libanais, Arméniens, chrétiens, juifs ou musulmans.