L’universel est-il partout ?
Le programme DÉCRIPT (Dispositif d’Étude des Crises et des Récits civilisationnels par la Pluridisciplinarité et les Terrains), porté par l’Inalco avec un consortium de quinze partenaires et financé par l’ANR dans le cadre de France 2030, ambitionne d’éclairer ces enjeux en croisant études aréales et études globales. Mobilisant les sciences humaines, les sciences sociales et l’analyse de données, DÉCRIPT produit des recherches originales et ancrées empiriquement. Il vise à éclairer l'action publique et à diffuser largement ses résultats afin de contribuer à une compréhension critique des interactions entre récits civilisationnels et crises contemporaines.
Le cycle de quatre rencontres annuelles « Monde en crises, civilisations en récits » vise à partager la recherche en train de se faire du programme, et s’adresse à tous les publics. Il est porté par la Bpi, la BULAC et l’Inalco.
Negev, Magdalena Abakanowicz, Israel Museum (Flickr).
(Re)voir la rencontre
Les critiques adressées à la mondialisation et aux logiques post-coloniales ont profondément remis en cause la notion d’universel, dont l’éthique et la possibilité mêmes apparaissent aujourd’hui contestées. L’aspiration à penser, voire la prétention à organiser le monde dans sa globalité, sont pourtant loin d’être l’apanage de la pensée politique occidentale. On voit ainsi émerger de nouvelles revendications universalisantes, ancrées dans des référentiels culturels dont certains, telle « l’initiative de civilisation globale » avancée en 2023 par le président chinois Xi Jinping, sont brandis dans une logique concurrentielle à l’égard de normes et d’institutions internationales dont l’universalisme est contesté et réduit à une singularité occidentale.
Cette rencontre sur l’universel inaugure le cycle porté par la Bpi, la BULAC et l’Inalco : « Monde en crises, civilisations en récits ».
Plutôt que d’adopter une logique normative (qui poserait l’universel en absolu à atteindre, tout en prescrivant ce qu’il devrait être), culturaliste (qui en ferait le produit d’une culture particulière) ou téléologique (qui le concevrait comme l’aboutissement nécessaire d’un processus historique), la table ronde invite à penser l’universel comme le produit mouvant d’un processus situé, contingent et conflictuel. Les participantes et participants analyseront sa production, sa circulation et ses usages en examinant les pratiques sociales, discursives et institutionnelles qui prétendent à une validité globale. L’enjeu est aussi d'explorer les conditions de la rencontre entre des conceptions distinctes de l’universel et donc la possibilité d'un universel relationnel, affranchi des logiques d’imposition ou d’exclusion qui ont historiquement marqué les prétentions universalistes.
Avec :
- Delphine Allès (professeur de science politique à l'Inalco, responsable scientifique du programme DÉCRIPT)
- Antoine Lilti (professeur au Collège de France et directeur d'études à l'EHESS)
- Rony Brauman (ancien président de Médecins sans frontières)
Rencontre modérée par Joris Zylberman (RFI)