Systèmes. Comment s'écrit demain ?
« Sept systèmes d’écriture issus de sept mondavenirs ! Voilà l’incroyable découverte réalisée lors de la dernière expédition de fouilles temporelles. Celles-ci ont en effet permis de mettre au jour sept objets porteurs d’inscriptions attestant d’une prodigieuse diversité graphique et conceptuelle. Analysés et déjà partiellement décodés, ces vestiges de l’avenir font encore l’objet de nombreux débats entre spécialistes de futuristoire et sont loin d’avoir livré tous leurs secrets. »
Crédit photo : Maxime Ruscio / BULAC
Une création de David Guerreiro Rodrigues et Lucie Pensivy
Une exposition réalisée par les étudiants du Diplôme supérieur d’arts appliqués en design et création en environnement numérique de l’École Estienne à découvrir à la BULAC.
Pour cette exposition, quatorze talentueux étudiants de l’École Estienne se sont plongés dans les collections pour étudier les nombreux alphabets et systèmes d’écriture présents à la BULAC. Inspirés par ces systèmes d’écriture, ils ont imaginé des mondes disparus qui ne peuvent se dévoiler qu’à travers des écrits fragmentés. Se faisant tour à tour papyrologues, archéologues et enquêteurs, les installations qu’ils ont conçues révèlent au public leurs découvertes sur ces civilisations perdues.
Nuna Yig Code
Exposition Systèmes - Carte blanche à l'École Estienne - projet Nuna Yig Code d'Ornella Antony et Albane Heitz (Maxime Ruscio / BULAC).
Cette micro-édition donne à voir notre processus de recherches. Celles-ci découlent d’une volonté de créer des intersections culturelles graphiques dans un geste qui se rapproche de l’écriture automatique. Nous avons arpenté les couloirs de la BULAC un certain temps, feuilleté un certain nombre de ressources, avant de nous arrêter sur les caractères tibétains et inuits. Citons deux ouvrages fondateurs pour nous : Calligraphie et Écriture Tibétaine, Une
introduction aux Lettres U-Chen et U-Med, de LungTok Choktsang et Anne Kappelhoff-Lançon et Étude relative à la création d’un réseau international de
documentation informatisée, de Lorne Laforge.
En tant que graphistes, nous avons été sensibles aux caractères organiques et géométriques présentés par ces deux écritures. Celles-ci ont constitué un terreau fertile pour l’élaboration de notre alphabet idéographique, dans la perspective d’une fiction spéculative écoféministe et décolonisatrice qui nous a animées.
Ornella Antony - Albane Heitz
Météore
Exposition Systèmes - Carte blanche à l'École Estienne - projet Météore d'Angèle Dumesny et Lucie Robin (Maxime Ruscio / BULAC).
Météore est le nom d’un nouveau monde. C’est aussi le titre d’une fiction construite à partir d’une réflexion expérimentale tendue entre la technologie et le vivant. Le fanzine Touch some leaf, exposé dans ce cadre-là, ne constitue pas l’expression d’un retour à la nature ; il est bien plus le fruit d’une rencontre avec la nature. Révélant le travail de recherches graphiques, plastiques et linguistiques qui se cachent derrière Météore, ce fanzine est conçu comme une invitation, pour le visiteur, à pénétrer dans les coulisses de ce projet d’une année.
Celui-ci a commencé dans les rayons de la BULAC. En feuilletant les ouvrages qui avaient capté notre attention, nous avons tenté de nous affranchir de nos habitudes d’écriture occidentales et d’imaginer d’autres manières d’écrire, en nous concentrant sur l’esthétique pure des signes et la manière dont les blocs de textes se composaient. Cette attention portée aux signes, dans leur foisonnement, nous a fait comprendre à quel point l’écriture donne des indices fondamentaux sur une société, son histoire et ses valeurs. Nous nous sommes notamment intéressées à la façon dont les mutations d’un territoire pouvaient faire évoluer le geste d’écriture d’une population. Comment un événement cathartique, tel qu’une crise écologique et sociale majeure, pourrait-il transformer les outils et les supports d’écriture ? Dans un monde post-anthropocène, quand la Terre ne sera plus qu’un amas de nos déchets, sur quoi écrirons-nous ? Et avec quels outils ?
C’est ainsi qu’est née Météore, et sa société qui ne pense plus à créer du neuf, mais qui « fait avec ».
Angèle Dumesny - Lucie Robin
Dear Shroom
Exposition Systèmes - Carte blanche à l'École Estienne - projet Dear Shroom de Louise Orione - Ulysse Migeat (Maxime Ruscio / BULAC).
Ouvrant sur un imaginaire visuel riche et diversifié, [notre] Fungzine est autant le fruit d’une recherche minutieuse que d’une déambulation plus contemplative au travers de nombreux ouvrages de la BULAC nous ayant notamment permis de découvrir les formes typographiques du tamoul ou l’alphabet des Tagals. L’exploration de ces ouvrages a mené à diverses expérimentations graphiques.
Ainsi, ce fanzine mêle recherches visuelles organiques et fragments du journal fictif du professeur Fritz Viotto, qui donne à voir un futur où les champignons deviennent des archivistes vivants.
À travers le Mycotel et les récits de l’arbre Zaharra, ce Fungzine explore les liens entre mycologie et mythologie, dans une enquête poétique où chaque couleur devient mémoire et chaque texture, pensée. Suivre l’œuvre de Fritz Viotto, c’est plonger dans un carnet de voyage entre science, rêve et fiction, une tentative d’écouter les voix végétales et d’ouvrir une fenêtre sur une mémoire ancienne, inscrite dans les spores et les racines.
Louise Orione - Ulysse Migeat
Unionem
Exposition Systèmes - Carte blanche à l'École Estienne - projet Unionem d'Emelyne Phung et Elysa Picquendar (Maxime Ruscio / BULAC).
Sur Europa, l’humanité a créé l’ « Unionem », une écriture commune pour s’unir et survivre. Conçu comme un rapport scientifique, [notre] fanzine rassemble un ensemble de documents accompagnant la redécouverte de la société d’Europa : des archives, des traces, des écritures. À la fois recueil et récit d’une enquête, il est en réalité notre dossier de recherche et de création. Comme l’Unionem, il repose sur la superposition et l’hybridation de textes, de cultures, de techniques et d’images.
Pour fabriquer notre système d’écriture, nous avons commencé par rechercher des ouvrages comprenant une traduction : des dictionnaires multilingues, des alphabets, des schémas, ou encore des ouvrages scientifiques, tels que Compendium of materia medica de Li Shizhen. Notre critère de sélection était simple : nous cherchions des systèmes plurilingues. Comment échanger avec ceux que l’on ne comprend pas (que ce soit par la langue, la discipline, la culture, etc.) ? C’est la question à laquelle nous avons essayé de répondre en imaginant l’Unionem. Une partie des réponses était dans ces ouvrages, une autre dans l’expérimentation. Nous nous sommes notamment posé la question des matériaux. Comment trouver des systèmes d’écriture sans crayon ?
Emelyne Phung - Elysa Picquenda
Idehm
Exposition Systèmes - Carte blanche à l'École Estienne - projet Idehm de Niel Armengaud et Loane De Almeida Costa (Maxime Ruscio / BULAC).
[Notre] fanzine se présente comme un assemblage hétéroclite de toutes les productions qui nous ont permis d’aboutir à notre dictionnaire de l’IDEHM. Photos, notes rapides, dessins et textes rédigés s’entremêlent dans cette micro-édition qui n’a d’autre but que de rendre compte de notre processus créatif. Bien que chaotique et désordonné, l’ouvrage retrace assez fidèlement un itinéraire, celui de notre enquête au cœur des collections de la BULAC.
Notre réflexion prend comme point de départ l’alphabet Tifinagh d’Afrique du nord et son approche géométrique de la lettre, presque semblable à un pictogramme, ainsi que les différents systèmes d’idéogrammes tels que les Kanji japonais. Notre envie de créer une écriture mécanisée s’est alors fondée sur ces découvertes et c’est ainsi que nous avons débuté nos travaux sur l’écriture IDEHM. Le système ainsi conçu a pour ambition d’émettre une critique à propos des dérives de l’intelligence artificielle et de la place que celle-ci prend dans nos vies.
Niel Armengaud - Loane De Almeida Costa
Djiogdan
Exposition Systèmes - Carte blanche à l'École Estienne - projet Djiogdan de Gaspard Calais et Yann Morel (Maxime Ruscio / BULAC).
Compilant nos intuitions et nos références, [notre] fanzine retrace l’évolution de notre recherche. Construit autour de la notion d’archive, de trace, il dépeint le tâtonnement de nos expérimentations et le développement progressif d’une écriture (t)hypodermique.
Au sein des collections de la BULAC, ce sont plus particulièrement les ouvrages relatifs aux langues d’Asie du Sud-Est, ainsi que les livres sur la calligraphie arabe qui nous ont visuellement inspirés pour la création d’une écriture asémique. Nous avons aussi glané des ouvrages de façon parfois aléatoire, au gré de nos envies. Une écriture a émergé, qui prend ses racines dans un mélange de références visuelles, de récits traditionnels variés, liés par exemple à la culture du tatouage Sak Yant en Thaïlande ou encore aux motifs corporels en Patagonie.
Elle repose sur un système libre. Liberté dans les gestes qui ont permis sa création, liberté dans l’interprétation qu’elle peut susciter. Bien qu’elle a eu un sens pour celleux qui, au sein de la communauté, savaient la déchiffrer, aujourd’hui, elle est la trace d’un héritage encore indéchiffré, encré dans les fragments d’os d’une population oubliée. Ce qui semble certain, c’est qu’elle ne se limite pas à transmettre des informations : elle archive et fige les événements passés.
Gaspard Calais - Yann Morel
Movigraphie
Exposition Systèmes - Carte blanche à l'École Estienne - projet Movigraphie de David Guerreiro Rodrigues et Lucie Pensivy (Maxime Ruscio / BULAC).
Movigraphie désigne le type de communication d’un monde totalitaire, perturbé par un mouvement de résistance populaire. La movigraphie est un système de communication gestuelle : la main dessine le caractère. Le mouvement est alors capté par une puce sous la peau et est retranscrit de manière automatique. La résistance se fait en jouant sur les variations entre le geste humain et son enregistrement par la machine.
Le fanzine retrace, de façon chronologique, notre démarche : nos premiers essais, nos expérimentations, avec différents outils techniques et technologiques. Il intègre également les références de la BULAC dont nous nous sommes inspirés. Nous avons souhaité travailler dès le départ avec la notion de contraste, en utilisant deux techniques d’écriture très différentes. Nous avons tenté, au sein des ouvrages de la BULAC que nous avons pu feuilleter, de trouver une écriture très normée, structurée et rigide. Nous nous sommes alors dirigés vers l’alphabet cyrillique. Avec son écriture rigide et très codifiée, celui-ci converge vers notre récit et convient à la société totalitaire telle que nous l’imaginons. Pour l’écriture résistante, nous voulions créer un contraste fort, où l’on retrouve un geste plus humain. La calligraphie semblait à cet égard intéressante par son geste. Nous nous sommes alors tournés vers des ouvrages de calligraphie arabe et tibétaine. La souplesse de ces graphies nous paraissait en accord avec notre récit. En tant que designers, notre objectif a été de faire cohabiter deux systèmes d’écriture distincts mais reposant sur un alphabet commun.
David Guerreiro Rodrigues - Lucie Pensivy
Le tour du monde en 80 écritures
Le saviez-vous ? 80 systèmes d'écriture et 350 langues sont représentés dans les collections de la BULAC.
En écho à l'exposition, il vous est proposé de partir à la découverte des alphabets, syllabaires, logogrammes et autres pictogrammes à travers le monde.
A pictographic Naxi origin myth from Southwest China
Calligraphie et écriture tibétaine
Afrikan alphabets
An Introduction to Chaghatay
A handbook of Persian calligraphy and related arts
Comme un lotus
De l'écrit africain à l'oral
Atlas de calligraphie sémitique
Pour accompagner l’exposition Écritures japonaises, événement phare du 10e anniversaire du Pôle des langues et civilisations, la BULAC vous propose d'explorer la typographie, son histoire et ses évolutions, pratiquée en caractères latins, cyrilliques, arabes, chinois et coréens.
Nos intervenants
Étudiante du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués en Design et Création en environnement Numérique (DSAA DCN) de l’École Estienne
Étudiant du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués en Design et Création en environnement Numérique (DSAA DCN) de l’École Estienne
Étudiant du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués en Design et Création en environnement Numérique (DSAA DCN) de l’École Estienne
Étudiante du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués en Design et Création en environnement Numérique (DSAA DCN) de l’École Estienne
Étudiante du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués en Design et Création en environnement Numérique (DSAA DCN) de l’École Estienne
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Étudiante du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués en Design et Création en environnement Numérique (DSAA DCN) de l’École Estienne
Étudiante du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués en Design et Création en environnement Numérique (DSAA DCN) de l’École Estienne
Florence Jamet-Pinkiewicz est professeur de design à l'école supérieure des arts graphiques Estienne et coordinatrice du DSAA DCN (Design & création numérique).
Enseignante à l'école Estienne