Publié : 13.01.2022, mis à jour: 15.01.2022 à 20:55

Une bibliothèque unique pour prendre la mesure du grand récit en Pays tchèques​

À l’orée des années 2000, à peine trentenaire, Étienne Boisserie cumule déjà plusieurs vies dans plusieurs langues. Il vient de soutenir sa thèse de doctorat à l’Inalco dans laquelle il explore la question de l'européanité de la Roumanie et de la Slovaquie. En 2004, il accepte un poste aux Langues O’ et y pose ses bagages pour une durée indéterminée. Au fil des années, il creuse avec passion son sillon dans les profondeurs historiques de l'Europe médiane, notamment pour « comprendre la force du particularisme du cas slovaque ». Depuis l'ouverture de la bibliothèque et la fréquentation assidue de ses collections par Étienne Boisserie, les chemins empruntés par le chercheur et ceux de la BULAC ne laissent pas de s'entrecroiser. Rencontre avec un aficionado de la Slovaquie...

Étienne Boisserire, dans les magasins de la BULAC. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Étienne Boisserire, dans les magasins de la BULAC. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Texte

Par Clotilde Monteiro,
responsable de la
Communication institutionnelle

Pastille La BULAC vue par... Étienne Boisserie, professeur d'histoire de l'Europe centrale à l'Inalco
Étienne Boisserie. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Étienne Boisserie. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

À l’orée des années 2000, à peine trentenaire, Étienne Boisserie cumule déjà plusieurs vies dans plusieurs langues. Il vient de soutenir sa thèse de doctorat à l’Inalco et d’explorer la question de l'européanité de la Roumanie et de la Slovaquie, seuls ex-pays soviétiques à être confrontés aux difficultés de leur affirmation identitaire, et de sa déclinaison juridique, et de leurs relations avec la Hongrie. En 2004, il accepte un poste aux Langues O’ « pour donner quelques cours », nous dit-il, et y pose ses bagages pour une durée indéterminée. L’année suivante, il y est élu maître de conférences en remplacement d’Antoine Marès, un de ses pairs. Il creuse au fil des années avec passion son sillon, au département Europe centrale, à Clichy (un des sites d’enseignements de l’Inalco) puis, à partir de 2011, rue des Grands Moulins (Paris XIIIe). « J’ai toujours enseigné l’histoire de l’Europe centrale, l’histoire tchèque, slovaque. L’histoire de l’Europe centrale au XIXe siècle, c’est un des cours que je préfère, ajoute-t-il. » Il obtient son habilitation à diriger des recherches en 2015.

Étienne Boisserie est professeur d’histoire de l’Europe centrale et co-directeur du Centre de recherches Europe-Eurasie (CREE) à l’Inalco.
Il est également membre associé de l‘UMR 8138 SIRICE (Identités, Relations Internationales et Civilisations de l’Europe), Paris-I Panthéon-Sorbonne, Sorbonne Université, vice-président de l’Institut d’études slaves, membre du Comité scientifique de Forum Historiae (Slovaquie), membre de l’International Advisory Board de l’Université de Hradec Králové (République tchèque), membre du Comité de pilotage du GDR « Connaissance de l’Europe médiane ».

Un endroit apaisant qui favorise la concentration

Étienne Boisserie. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Étienne Boisserie, rez-de-jardin de la BULAC. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Quand il n’enseigne pas Étienne Boisserie effectue des recherches pour son habilitation à diriger des recherches (obtenue en 2015) sur la Grande Guerre, sous l’angle des sociétés centre-européennes, pour briguer la plus haute marche universitaire. Il fréquente pour ce faire quotidiennement les collections sur l’Europe médiane désormais rassemblées quelques étages plus bas, à la BULAC : « Cette bibliothèque est l’unique endroit en France, à ma connaissance, où est concentré l’ensemble du matériau qui permet de voir le paysage historiographique et mémoriel de l’action extérieure tchécoslovaque dans la phase terminale de la monarchie habsbourgeoise. C’est un bon endroit pour prendre la mesure du grand récit en Pays tchèques et de ces acteurs ». Étienne Boisserie apprécie cette bibliothèque « nouvelle génération », pensée pour les étudiants et pour les chercheurs, où il profite pleinement d’un environnement qu’il juge très propice : « La BULAC est un des rares lieux où j’ai l’impression de me refermer sur moi-même, où le monde extérieur n’existe plus. C’est un endroit extrêmement apaisant qui favorise la concentration. »

Participer au conseil scientifique de la BULAC...

Étienne Boisserie, entrée de la BULAC. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Étienne Boisserie, entrée de la bibliothèque. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Notre chercheur tient à donner au passage son avis sur les professionnels de la bibliothèque qu’il a eu tout le loisir d’observer en tant qu’usager : « J’ai toujours été frappé par l’extrême professionnalisme et la disponibilité des gens qui travaillent à la BULAC, et quel que soit leur statut. Il y a quelque chose dans l’attitude des bibliothécaires, et de tous ceux à qui on a à faire, qui nous encourage à être là. En fait, on a plaisir à interagir avec eux car ils ont de toute évidence plaisir à être là et à nous apporter leur aide. » Son expertise sur les collections le conduit à devenir membre du conseil scientifique (CS) de la BULAC. De 2013 à 2019, il participe deux fois par an à cette instance où se prennent les décisions d’ordre scientifiques. Débute alors un compagnonnage fructueux entre Étienne Boisserie et la bibliothèque. Un échange de bons procédés qui va permettre à chacun de satisfaire à ses missions respectives. « Participer au CS de la BULAC m’a beaucoup intéressé car cela m’a permis d’avoir une vraie vision de la façon dont sont prises les décisions. Les questions sont ouvertes et il y a de vrais choix à faire. Et son caractère international permet d’éclairer les questions posées avec les points de vue d’ordre différent des membres étrangers qui ont tous une très grande expérience. Ça nous permet de trouver la bonne distance parfois sur des points précis de la discussion. »

Ça m’intéresse de regarder l’évolution des Pays tchèques différemment, en mettant à distance l’antagonisme germano-tchèque

Étienne Boisserie

Un projet d'exposition qui tombe à pic !

Exposition, « Les Tchèques dans la Grande Guerre ». Maxime Ruscio / BULAC.jpg

Exposition, « Les Tchèques dans la Grande Guerre ». Maxime Ruscio / BULAC.

En 2017, après son habilitation, Étienne Boisserie envisage un projet d’exposition pour concrétiser et rendre aisément accessible au public le fruit de ces recherches sur la Première Guerre mondiale : « C’était l’objet de mon habilitation et je souhaitais en faire une exposition. » Un projet qui tombe à pic ! En 2018 se profile la commémoration du Centenaire de la création de la Tchécoslovaquie. La BULAC accepte volontiers de s’associer à ce projet cochant toutes les cases. Sa thématique qui répond pleinement à la mission de valorisation de ses collections n’ayant encore jamais été abordée dans son programme de valorisation scientifique. « La BULAC a été très utile pour mes travaux car dans ses fonds se trouve à peu près la totalité de la littérature mémorielle sur l’action extérieure, au moment de la Première Guerre mondiale, et aussi sur ce qui se passe à l’intérieur des Pays tchèques, et en particulier la Slovaquie, un pays pour lequel existent moins de sources écrites et de publications disponibles. » Au-delà du cadre général de l’évolution politique et diplomatique posé dans l’exposition, Étienne Boisserie confie avoir voulu aborder la question, communément laissée de côté, des souffrances considérables également subies par les populations centre-européennes : « L’Europe centrale est confrontée entre 1914 et 1945 à des chocs incommensurables dont on a pas la moindre idée, 1914-18, 1914-19 ou même 1914-20 sont des périodes extrêmement dures, on meurt littéralement de faim dans la rue à Vienne pendant la Première Guerre mondiale. Et c’est vrai en Allemagne aussi. »

Visuel de l'exposition Les Tchèques dans la Grande Guerre

Marche des soldats partant au front dans l'actuelle rue de Lidice à Brno. Août 1914 (archives Vladimír Filip) (Moravské Zemské Muzeum, Brno).

Visite guidée. Exposition- Les Tchèques dans la Grande Guerre.

Visite guidée de l'exposition par Étienne Boisserie. Maxime Ruscio / BULAC.jpg

Installation d'une exposition au rez-de-jardin par l'équipe Valorisation du pôle Médiation. Maxime Ruscio / BULAC.jpg

Installation d'une exposition de la BULAC par l'équipe Valorisation (pôle Médiation), rez-de-jardin. Maxime Ruscio / BULAC.

L’exposition lève le voile sur la vie quotidienne de l’arrière, le home front. Une occasion unique pour Étienne Boisserie d’exprimer à travers cet angle singulier des convictions et des clés de lecture forgées au fil de ses années de recherches sur le passé de cette région : « Ça m’intéresse de regarder l’évolution des Pays tchèques d’une manière qui ne correspond pas à celle que j’ai apprise car elle n’est pas sur le mode de l’antagonisme germano-tchèque. Je pense que l’on ne comprend pas l’histoire tchèque d’avant la Première Guerre mondiale si on reste sur le mode de l’antagonisme. Et on s’interdit également de comprendre pourquoi la loyauté à l’égard des Habsbourg dure si longtemps dans la Première Guerre mondiale. » Pour ce qui est de la question de la mise en forme de ses travaux, Étienne Boisserie reste marqué par son expérience de commissaire d’exposition et par le travail conjoint mené avec les équipes de la BULAC : « Ça a été une expérience de travail très agréable. J’ai pu découvrir que c’est un énorme travail, qui doit se faire très en amont et qui fait intervenir beaucoup d’acteurs différents. Tout est réfléchi mais dans une relation de travail extrêmement apaisée et confiante. Et comme la plupart des enseignants, j’ai une fiabilité à géométrie variable sur les délais. Mais Juliette Pinçon, la responsable de l’action culturelle, était d’un calme olympien y compris pour me dire que j’avais dépassé les délais d’une semaine, et que ça allait être compliqué. Grâce à la grande disponibilité de l’équipe, tout était facile, enfin de mon côté ! »

Spectateur d'un grand tournant de l’histoire

Étienne Boisserie. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Étienne Boisserie. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

La conversation roule mais à ce stade une interrogation demeure, pourquoi et comment un jeune étudiant en droit décide de bifurquer pour devenir historien des Pays tchèques ? Étienne Boisserie se remémore ces années où il est étudiant en droit à Créteil puis à Paris-I Panthéon-Sorbonne. « Je suis de cette génération qui a vu la toute fin du bloc de l’Est et de la Tchécoslovaquie. Et mon idée a été assez vite de marier le droit et l’étude de la région ». Spectateur de ce grand tournant de l’histoire, il comprend qu’il doit saisir la balle au bond en s’intéressant à l’histoire de l'Europe centrale s’il veut en appréhender pleinement les questions juridiques : « À l’époque un des grands sujets importants était celui des minorités nationales qui présentaient des particularités qui devaient être traitées au début des années 1990. Et donc je me suis jeté sur ce sujet-là, avec grand intérêt, pour pouvoir manier les différentes disciplines et j’en ai fait une thèse. » Le choix de cette partie de l’Europe n’est selon lui que le fruit d’une somme de hasards dont il essaie de retrouver le fil. On est à la fin de l’été 1989, de retour d’un voyage à Prague et à Budapest, il s’est inscrit à un cours de hongrois aux Langues O’ en parallèle de son cursus de droit à Créteil. Notre juriste en herbe commence alors à tisser à son insu des liens indéfectibles avec la région et ses habitants, pourtant peu présents dans l’imaginaire des jeunes Occidentaux. Son regard azur un instant absorbé par la question, il hasarde la réponse de la proximité de la langue hongroise avec l’allemand, appris pendant sa scolarité. Mais le souvenir d’un discours paternel exprimant « un grand respect pour l’apport de l’Europe centrale à la science », qui refait surface au fil de la discussion, en est peut-être la raison profonde.

L’insoutenable légèreté de la Slovaquie

Capture Révolution de velours

Capture Révolution de velours.

Étienne Boisserie se souvient du sentiment de familiarité éprouvé à l’égard de ces habitants de l’au-delà du rideau de fer dont il savait cependant très peu de chose. Quant à son premier voyage en Tchécoslovaquie en 1989, il n’a pas oublié le déclic qui l’a provoqué. Un peu narquois, il évoque l’année de ses vingt ans qui reste marquée par L’insoutenable légèreté de l’être, adaptation du roman de l’écrivain tchèque Milan Kundera, vue au cinéma un peu par hasard : « C’est ce film qui m’a donné envie d’aller là-bas, il ajoute dans un éclat de rire, j’ai appris quelques années plus tard, qu’il avait été tourné à Lyon ». Il décide alors « d’aller voir » le pays de Tereza et Tomas, les deux héros incarnés par Juliette Binoche et Daniel Day-Lewis, « par simple curiosité », bien qu’il n’ait à l’époque, « aucune idée politique particulière », précise-t-il. À l’occasion de ce périple, il pousse même jusqu’en Hongrie : « Je m’étais dit, tant qu’à aller à Prague autant aller à Budapest, et je suis rentré en France le 23 octobre 1989. » Année décisive, s’il en est. Les événements politiques sans précédent qui se succèdent dans la région appartiennent désormais à l'Histoire : l’ouverture du rideau de fer et le mur de Berlin, qui cède le 9 novembre sous la pression populaire et les regards médusés des téléspectateurs à l’Est comme à l’Ouest ; les manifestations d’étudiants tchécoslovaques, parties le 16 novembre de Bratislava, qui se répandent jusqu’à Prague, et conduisent à la révolution de Velours puis la fin à la République socialiste tchécoslovaque, balayée comme le seront les autres régimes communistes du bloc de l'Est, à l’orée des années 1990.

Dès lors, le jeune aficionado expérimente l’oscillation, chère à Kundera, entre pesanteur et légèreté, en enchaînant les séjours dans la région (Hongrie, Roumanie et Tchécoslovaquie) : « À ce moment-là, je parlais ou lisais les deux langues, hongrois ou roumain, mais pas le slovaque. J’ai donc été en Slovaquie pour l’apprendre ». La discussion se poursuit et notre interlocuteur révèle de sa voix feutrée quelques-unes des pièces du puzzle qui l’ont incité à bifurquer vers l’est. Après avoir travaillé à Strasbourg pour le Conseil de l’Europe (entre 1995 et 1996), sur les minorités en Roumanie et en Slovaquie, la nécessité d’apprendre le slovaque s’impose à lui. Étienne Boisserie a commencé à se familiariser avec cette nouvelle langue, à Budapest, où il est accueilli quelques mois, après son séjour strasbourgeois, au département « Slovaquie » du Bureau pour les minorités d’outre-frontières (HTMH). Il parle avec gourmandise de cette période bénie où il a bénéficié d’un accès illimité à l’ensemble des documents du département. « Matin, midi et soir, je pouvais compulser cette documentation, se souvient-t-il. » Une expérience qui le rapproche un peu plus de cette langue et qui le convainc de partir à Bratislava : « À partir du moment où j’ai abandonné la dimension juridique et que j’ai creusé la dimension historique de la région, c’est surtout sur la Slovaquie que je me suis fixé, assez naturellement. » Il a alors 27 ans et conjugue au fil de ses séjours pratique de la langue slovaque avec ses activités de recherches doctorales et de jeune chargé de cours : « J’étais jeune, mais j’avais là-bas des étudiants d’excellente qualité avec lesquels j’ai gardé des relations très étroites ».

La Slovaquie est un pays merveilleux. Je ne sais pas comment l’expliquer… Je trouve en Slovaquie des choses qui me manquent ici.

Étienne Boisserie

Étienne Boisserie. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Étienne Boisserie. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Ces belles rencontres et l‘actualité politique de la Slovaquie, indépendante depuis janvier 1993, ne manquent pas d’apporter de l’eau au moulin de ses réflexions et recherches tout au long des années 1990 : « 1998 est une année exceptionnelle dans l’histoire slovaque, c’est le bout d’un système mečiariste décadent. Les élections législatives se préparent et la période est absolument passionnante. » Un parfait cas d’école pour notre doctorant alors que des perspectives contradictoires s’esquissent pour la Slovaquie, entre désirs d’intégration dans l'Union européenne et l'OTAN et d’affirmation de ses spécificités et de son autonomie. Les liens continuent de se resserrer entre la Slovaquie, où un immense champ des possibles s’est ouvert, et ce jeune historien qui appréhende ses bouleversements présents à l’aune de son passé dont il poursuit l’exploration. « Il y avait quelque chose qui m’intéressait dans le cas slovaque, c’était de comprendre comment le projet tchécoslovaque était à la fois un projet qui avait créé une identité tchécoslovaque et comment subsistait la force de ce particularisme. Et dans ma bouche, ce n’est pas du tout dévalorisant. Je voulais donc essayer de comprendre cela. J’ai beaucoup travaillé sur la fin du XIXe et la première moitié du XXe parce que c’est la matrice. »

Étienne Boisserie reste en Europe centrale l’essentiel de son temps durant toute la décennie des années 1990, sans l’avoir réfléchi ni vraiment décidé, nous confie-t-il : « C’est par petites étapes et c’est plein de hasards, c’est la vie ! En fait, si je ne vais pas voir ce film, je ne fais pas ce voyage et ma vie est différente. » De voyages en séjours, Étienne Boisserie se déplace d’un pays à l’autre au gré des rencontres et de ses curiosités intellectuelles en faisant fi des barrières linguistiques. Il dit ne pas parler le polonais mais le comprendre suffisamment pour parvenir à le lire pour ses travaux académiques : « C’est assez facile de rayonner à partir d’une des langues de la région. Le slovaque est la seule de ces langues que j’ai vraiment apprise et que je parle. Les autres, le hongrois, le roumain, le tchèque évidemment même si ça m’a pris un peu de temps, je les ai apprises par moi-même. Mais quand je suis à Prague, je parle slovaque ! J’assume totalement mon côté « petit frère oriental qui débarque à la capitale », ajoute-t-il d'un sourire malicieux.

 

Visuel
Panorama de Bratislava, depuis le château, 2008.

Panorama de Bratislava, depuis le château, 2008. Stano Novak.

Texte

Au gré de ses oscillations entre coeur et raison, la Slovaquie est devenue pour Étienne Boisserie, outre le domaine privilégié de ses recherches, son pays de coeur : « La Slovaquie est un pays merveilleux. Je ne sais pas comment l’expliquer… Je trouve en Slovaquie des choses qui me manquent ici… Le caractère extrêmement informel des relations entre les gens, il y avait quelque chose de très souple, même si je crois que ça se perd aujourd’hui… il ajoute, j’étais très frappé par le mode d’organisation familiale, l’extrême solidarité intergénérationnelle, la très grande proximité entre les gens. Si vous connaissez quelqu’un en Slovaquie et que vous êtes à peu près aimable, en trois semaines vous pouvez atterrir à peu près partout en vous recommandant des uns ou des autres. C’est ce qui m’a fait aimer ce pays et les gens que j’ai eus la chance de rencontrer. Et puis c’est un beau pays. » Difficile de ne pas convoquer de nouveau Kundera pour résumer en une des phrases éloquentes de son roman le parcours d’Étienne Boisserie. L’être humain, guidé par le sens de la beauté, transforme l’événement fortuit (...) en un motif qui va ensuite s’inscrire dans la partition de sa vie* .

 

  • * L'Insoutenable légèreté de l'être, Folio, p. 81
Visuel de l'exposition Les Tchèques dans la Grande Guerre
8 octobre – 16 novembre 2018

À l'occasion du centenaire de la création de la Tchécoslovaquie La BULAC propose une exposition rétrospective sur la vie des Tchèques au cours de la Grande Guerre, sous le commissariat d'Étienne Boisserie, professeur à l'Inalco (Centre de recherches Europes-Eurasie) et de Jiří Hutečka, directeur...